Où ne sont plus les emplois

Dans un article paru ce matin dans le Wall Street Journal, Andy Kessler s’alarme de l’évolution récente du marché de l’emploi aux Etats-Unis. En effet, si la crise a détruit des millions d’emplois de chaque côté de l’océan, la reprise, si tant est qu’elle en soit une, devrait logiquement, même avec un certain délais, relancer la demande de travail. Et ce n’est pas ce qui se produit.

Dans tous les pays développés, la reprise semble être dépourvue d’emplois : misérable dans les pays anglo-saxons, effroyable dans les pays latins (l’Espagne renoue tout de même avec les 20% de la décennie 90), traumatisant en France (le gouvernement est même allé jusqu’à rouvrir les vannes des emplois aidés, et stop et go et stop et go….), l’emploi ne reprend pas.

Néanmoins, Kessler est encore plus péssimiste en observant qu’il se produit une mutation profonde de la demande même de travail. On a longtemps, et à raison, accablé la mondialisation d’avoir pris les emplois industriels des pays développés pour les relocaliser dans les économies émergentes. Le principal enjeu des économies développées était alors de favoriser la transition de l’offre de travail vers des emplois qualifiés, dans les services (secteur public, secteur financier).

Cependant, comme le montre les travaux de deux économistes du MIT cités par The Economist, la ligne de démarcation dans la demande de travail ne se situe plus entre les services et l’industrie mais entre les taches automatisables et celles qui ne le sont pas. Comme le montre les récentes tendances, y compris dans nos propres carrières, l’exposition au risque de chômage est presque plus forte pour une secrétaire ou un trader de backoffice que pour une personne chargée de repasser des chemises. D’un côté, la tâche autrefois accomplie par une personne est désormais mécanisée, de l’autre, cette même mécanisation serait bien trop complexe et coûteuse pour l’envisager.

J’admets que le constat n’est pas nécessairement tout à fait neuf mais il pose néanmoins d’importantes questions sur la manière dont on conçoit les politiques de l’emploi. Cela signifie-t-il qu’il ne sert à rien de qualifier des personnes dont on sait qu’elles n’appartiendront pas à la « creative class »? Que faire de la masse des travailleurs à revenus et à qualifications moyens? Pourra-t-on dire, avec la même certitude qu’aujourd’hui (ainsi que le souligne Eric Maurin avec la plus grande clarté dans son livre « La peur du déclassement ») que la formation paie toujours?

Evidemment, il est difficile de répondre sur le vif. Néanmoins, la lecture d’une récente note de Terra Nova sur l’investissement  « dans l’avenir » de l’Etat français semble un peu rapidement réaffirmer que le meilleur rempart contre le chômage résiderait toujours dans la formation vers des métiers très qualifiés. Ce n’est évidemment pas faux mais c’est certainement insuffisant pour anticiper les évolutions perceptibles du travail. Les deux auteurs (Ferrand et Palier) ne s’y trompent d’ailleurs pas en citant à l’appui de leur démonstration le développement des métiers du soin. Si on souhaite cependant proposer des perspectives crédibles sur les besoins de la société française, il faut sans doute reconnaître notre propre besoin de réactualiser nos logiciels.

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Une réponse à “Où ne sont plus les emplois

  1. Pingback: Liens pour le lire: bonheur, travail « Morgan Poulizac·

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