chronique succincte, c’est normal le livre s’appelle la dictature de l’urgence

Le livre de Gilles Finchelstein, La dictature de l’urgence, adresse un sujet intéressant parce que récurrent dans l’histoire des idées. A quelle vitesse allons-nous, à partir de quelle célérité perdons-nous notre capacité à juger?

je m’en veux d’avance de n’y consacrer que quelques lignes, forcément simplificatrices.

Le thème de l’urgence n’est pas anodin. C’est évidemment une des raisons de l’emballement des marchés financiers qui ont conduit à la crise (à travers par exemple les règles de mark to market, de poursuite organisée d’un maximum de gains en un minimum de temps….) et la démonstration de G. Finchelstein est sur ce point particulièrement convaincante.

C’est plus largement un phénomène que nous éprouvons tous quotidiennement par l’accélération continue de l’information et des moyens de communication, par la frénésie avec laquelle nos sociétés semblent parfois avancer.OK

Y aurait-il cependant une dictature de l’urgence, comme le prétend Finchelstein? Je voudrais simplement apporter un peu de contradiction, sans prendre la peine je l’admets d’y consacrer tout le temps nécessaire.

Commençons donc par un problème de forme afin de l’évacuer d’emblée. Ce qui aurait pu être une recherche de la signification et de la réalité du temps vécu et conçu par les individus se transforme bien vite et malheureusement en une sorte de « cahiers de tendances » compilant, sans vraie cohérence un ensemble hétérogène d’intuitions, d’affirmations un peu péremptoires, de sondages et de réflexions, de constructions artificielles ex abrupto. Une réalité ne se résume pourtant pas toujours à la somme de ses parties et c’est un peu surprenant sous la plume de l’auteur.   

G. Finchelstein ne parvient par ailleurs pas tout à fait à éviter l’écueil de la nostalgie du temps retenu, suspendu. Evidemment, quand l’accélération vient altérer notre jugement, il y a péril en la demeure mais on sait tout autant que notre environnement nous conditionne et nous modifie, y compris génétiquement. On sait par exemple désormais que l’usage d’internet a modifié notre capacité à saisir des informations éparses et à composer des savoirs qui n’existaient pas auparavant.

Sur le fond cependant, G. Finchelstein a clairement raison d’accuser l’accélération du temps de nous déssaisir par moment de notre capacité de jugement, politique, économique, social, raison de voir dans certaines manies politiques des formes d’écrasement de la démocratie, d’identifier dans certaines tendances (comme le slow food) l’expression d’un rejet et dans d’autres pistes, des vraies opportunités (il cite notamment l’exemple de l’expérimentation sociale comme mode d’élaboration de la décision publique).

Je ne suis cependant pas d’accord  sur le fait que nous serions tous à même enseigne victimes de l’urgence. Nous vivons paradoxalement un temps qui peut être d’une insoutenable lenteur. Lenteur du passage de la vie d’enfant à la vie d’adulte où les jeunes générations doivent patienter au seuil du marché du travail; lenteur de la vie sentimentale où les difficultés à s’engager, à construire des relations émotionnelles stables sont plus lourdes que jamais : La prétendue urgence à consommer tout de suite du sexe trahissant à mon sens bien plus un profond ralentissement de nos vies affectives (on dit même qu’il est devenu plus difficile d’éjaculer de nos jours en raison de la polution….) ; lenteur vécue pour les personnes exclues du marché du travail et/ou de la société qui, spectatrices d’une prétendue accélération de la vie, voient défiler leur échec au ralenti. Lenteur de la vie dépendante où la maladie peut nous suivre tranquillement là où elle nous emportait en un souffle.

Le contreplongé est je le reconnais presque aussi arbitraire que la photo livrée par G. Finchelstein mais il me semble que la dictature de l’urgence, telle que racontée par l’auteur est un point de vue d’insiders, de ceux qui bénéficient et sont victimes à la fois de l’accélération de tout. Cette urgence, c’est celle de la « creative class » pas forcément celle du commun des « losers ». Il n’y a, comme indiqué dans le prologue du livre, que dans les cabinets ministériels qu’on s’enfume en qualifiant tout et rien de TTU. C’est peut-être là une limite de cet essai.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s