Quid de/des classes moyennes ?

Dans un entretien paru ce week-end dans LeMonde (l’accès à l’intégralité de l’entretien est malheureusement en accès payant), Thierry Pech, le nouveau directeur de la rédaction d’Alternatives économiques, revient sur l’évolution de qu’il est convenu d’appeler « les classes moyennes ». S’appuyant sur des travaux récents, notamment ceux de Thomas Piketty (du livre duquel je consacrerai un billet cette semaine), interrogé justement par T. Pech dans le dernier numéro d’Alternatives économiques, il montre comment, par un double mouvement économique et politique, les classes moyennes, autrefois véritable aiguillon d’une société en progrès, doutent d’elles-même.

Ce doute vient principalement, toujours selon M. Pech, d’une double déception : déception vis à vis des mécanismes d’ascension sociale et déception vis à vis des promesses de l’éducation.

La problématique des classes moyennes, dont je pense qu’elle peut effectivement être une thématique et un enjeu décisifs des prochaines échéances électorales, soulève de fait tout un ensemble de problèmes, sans se limiter au sentiment de déclassement social.

Tout d’abord, il faut observer que ce sujet préoccupe bien au-delà des frontières nationales. Aux Etats-Unis, par exemple, le devenir des classes moyennes est même devenu un axe déterminant de la politique intérieure. Du livre de Tyler Cowen, The great Stagnation, aux récents débats sur le creusement des inégalités de revenu entre catégories sociales, il n’est plus une question qui ne soit passée à la loupe de leur impact sur les classes moyennes.

Ensuite et rapidement puisque j’y reviendrai sans doute cette semaine, le diagnostic sur les classes moyennes et leur possible « disparition » soulignent un changement profond dans la représentation que nous partageons de la société. Il n’y a plus seulement d’un côté les « pauvres », puis une classe moyenne, acquérant, progressivement, le capital économique et social qui leur faisait défaut, et enfin une catégorie de possédants, héritiers, l’ensemble formant trois catégories grosso modulo hermétiques, à quelques exceptions près.

J’ai davantage le sentiment que nous sommes face à une seule et même masse d’individus s’appariant et se distinguant selon les moments, susceptibles, à peu d’exception près, de connaître des galères plus ou moins importantes, sans être tout à fait certains d’être prémunis contre la pauvreté (il n’est pas ici inutile de rappeler que les fonctionnaires sont sureprésentés parmi les surendettés), qu’à l’autre bout, nous voyons de nombreuses fortunes se créer en quelques années, grâce à la volonté et au talent d’entrepreneurs (d’Apple à Facebook, pour ne citer que les plus célébres, les héros économiques sont désormais des créateurs et non des héritiers), et qu’en même temps ceux qui les détiennent ne sont pas si differents de nous (j’entends par là qu’ils nous sont moins étrangers que, disons, la Reine d’Angleterre), bref que nous aurions pu connaître nous aussi cette réussite (et pourtant, nous avons échoué).

Il résulte de cette dissolution des repères de classes en même temps que des cliquets qui nous indiquaient qu’un palier était franchi une relation au progrès, au politique, à l’économique d’amertume, de rancoeur et de tristesse, contradictoires (c’est ce qui en fait le caractère explosif) avec la promesse, non tenue, de la social démocratie.

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