Corruptions, au sujet du livre de Pierre Lascoumes

La République des Idées est en forme (sauf sur internet puisque le livre dont je vais parler n’est même pas mentionné sur leur site). Après quelques publications lues un peu distraitement et peu marquantes, deux titres stimulants paraissent à quelques jours d’intervalle.

(Je prends d’emblée la précaution d’indiquer que la République des Idées a été non seulement mon premier employeur mais que j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui l’animent et l’ont animé, en même temps, je ne dirige pas les pages livres des Echos, alors, pour qu’il y ait conflit d’intérêts, il faudrait au moins qu’il y en ait un…d’intérêt).

Je commencerai par le livre de Pierre Lascoumes, Une démocratie corruptible. Comme à son habitude, Pierre Lascoumes construit son raisonnement avec précision, sur la base de travaux théoriques et empiriques fermes, ouvrant sur des dimensions comparatives utiles. De même que ses précédents travaux sur la question de l’expertise dans la conduite de la chose publique, son investigation de la corruption éclaire intelligement le débat.

Le principe de la République des idées étant que les livres sont courts (quelques dizaines de pages) et peu chers (l’équivalent d’un paquet de cigarettes et d’un demi), je ne souhaite pas faire plus que donner quelques raisons de le lire.

– Sur le sérieux du livre, point trop n’en faut.

– Sur la corruption et ce qu’elle embrasse, à l’inverse d’une posture un peu simple tendant à en faire une faute morale, P. Lascoumes insiste au contraire sur son caractère « normal », non au sens de « banal » ou d' »attendue » mais bien d’inscrit sociologiquement dans le fonctionnement des sociétés.

Il montre notamment qu’existe « une zone grise » où se produisent des faits qui sont susceptibles d’être diversement considérés comme de la corruption. Pour des raisons culturelles mais également politiques et géographiques, les individus jugent de manière différentes des mêmes faits. Il en résulte une bataille d’interprétations sur les bornes de la corruption et sur les réactions qu’on y oppose (le développement sur la dimension culturelle ainsi que la présentation de son enquête sur la réaction de citoyens aux actes de corruption sont passionnants).

Il souligne que ces rapports sont soumis à des évolutions permanentes, ce qui n’empêche cependant pas de souhaiter et/ou d’entreprendre de mieux les encadrer. Loin d’une dénonciation un peu pesante parce que ciblée et d’un rabattement intempestif des agissements de certains sur leur moralité, le travail de Pierre Lascoumes décrit les relations complexes de l’individu vis à vis des intérêts personnels et de l’intérêt général, ces derniers se distinguant et se croisant.

Enfin, le livre ouvre sur la question du degré de confiance que les individus ont vis à vis des institutions et sur l’impact possible qu’il en résulte sur notre conception de la cohésion, ainsi que le montrent les économistes Y. Algan et P. Cahuc dans une étude disponible sur le site d’IZA et qui n’est pas sans intérêt dans des temps de réformes attendues des sytèmes de protection sociale.

Faut-il le lire? ma réponse est oui.

Morgan Poulizac

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