Le bonheur – série

Serions-nous obsédés par la recherche du bonheur? A en juger par une promenade dans les rayons de Fnac (devenue comme on sait plus agitateur de daubes que d’idées), la recherche du bonheur occupe des pans entiers de bibliothèque. Petit florilège:

« L’apprentissage du bonheur », « Vivre: la psychologie du bonheur », « le Cherche-bonheur », « l’année du bonheur: 365 exercices de vie, jour après jour »….. des centaines vous dis-je.

Le Best seller numéro 1 l’année dernière du New York Times s’intitule même « The Happiness project » et narre les différentes techniques utilisées par l’auteur pour « accroitre son bonheur ».

Évidemment, en période de crise, nos désagréments ont besoin de distraction. Pourtant, si notre société cherche avec une telle fièvre le bonheur, il doit sans doute y avoir des raisons plus profondes à cela. Pendant longtemps, il était admis que le bonheur était une chose intime, quelle qu’en fussent la définition et la direction d’ailleurs ; c’était, somme toute, une quête individuelle de satisfaction et de félicité. Elle pouvait se réaliser dans la foi, dans l’engagement public, dans l’amour, elle n’en demeurait pas moins personnelle et irréductible à l’individu.

Rapidement cependant, nous avons été enjoints de nous préoccuper du bonheur des autres, pire encore, à en être responsable. C’est, en deux temps, la découverte de l’enfant comme adulte en devenir et dont il fallait s’assurer du bonheur, puis du couple, dont on décidait désormais qu’il constituait le socle de notre bonheur individuel. Passe encore.

Ces dernières années cependant, on nous dit que le bonheur ne vient pas nécessairement de nous et, surtout, que d’autres se chargent de nous l’apprendre.

C’est tout d’abord l’entreprise qui doit désormais rendre heureux ces collaborateurs (des consultants se font payer une fortune pour faire de l’animation dans les open spaces de grandes entreprises). On voit même apparaître dans certains cursus de MBA des « cours sur le bonheur« . ..

Les entreprises elles-même ne tardent pas à faire du « bonheur » une valeur à emporter. Coca cola n’a d’ailleurs pas hésité à faire une campagne sur ce thème « vous achetez du coca, vous avez du bonheur ».

Parallèlement, sous l’influence notamment de la « positive psychology », rémanence de la période new age, les politiques publiques étaient invités à rendre heureuses (ce mouvement n’a que très modestement influencé les politiques publiques françaises), c’est à dire à permettre aux usagers de trouver, dans l’accomplissement de certaines taches, une satisfaction conduisant à davantage de félicité…

Enfin, ce sont maintenant les Etats qui doivent chercher le bonheur de leurs concitoyens. Les propositions de la commission Stiglitz invitent même les Etats à abandonner la vieille mesure du PIB pour lui substituer un indice de bonheur, à l’instar de ce que pratique le Bouthan. Des travaux sérieux se sont même attachés à déterminer les conditions économiques et sociales favorisant le bonheur, on y découvre que les pays les plus heureux sont ceux qui sont « riches, démocratiques, confiants, avec un faible niveau de chômage ».

Bref, tout le monde s’occupe de faire mon bonheur, mon libraire, mes proches, mon employeur, les produits que j’achète au supermarché, mon pays. Alors quoi, que demander de plus? Le problème vient lorsqu’on se demande ce que nous entendons par bonheur et là, je trouve que c’est un peu la catastrophe. C’est le début d’une série sur le bonheur et ses avatars.

Morgan Poulizac

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3 réponses à “Le bonheur – série

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