Innovation sociale – définition

A force de tourner autour du mot, on frôle l’écueil où ces directions du développement durable qui appelle « social » ce qui est « normal » et « innovation » ce qui est une « répétition », se vautrent parfois. Le risque d’usage du concept d’innovation sociale est son mésusage. On voit poindre la tentation d’en faire une marque suffisamment floue mais attrayante pour agir à moindre frais, poser plutôt que réfléchir, se gargariser et continuer.

Vous avez aimez la RSE, vous adorerez l’innovation sociale ! Soit.

Mon point ici n’est pas de faire aboutir un effort de définition de l’innovation sociale. C’est en fait plutôt l’objet de l’ensemble de ces billets. Il s’agit en revanche de souligner combien on aurait tort de chercher, ou pire, d’importer une définition universelle de cet objet.

Faisons un 360 degré. L’innovation sociale renvoie clairement à un ensemble de pratiques, politiques, procédés qui se donnent pour finalité de répondre différemment, de manière originale, à des problèmes sociaux. Tout dépend donc du point de départ (1) et du point de vue d’où l’on se place (2).

Au Royaume Uni, l’innovation sociale est clairement la fille du new public management en ce qu’elle se concentre principalement sur l’évolution de la relation de l’Etat avec ses différentes parties prenantes. Il s’agit donc de faire émerger de nouveaux acteurs (entreprises, collectivités locales autonomes, particuliers ou communautés….) pour prendre en charge l’accomplissement d’un certain nombre de missions de service public.

Aux Etats-Unis en revanche, la notion d’innovation sociale tend davantage vers la capacité d’individus à « apporter des changements » (« change maker ») dans une dynamique largement entrepreneuriale. L’innovation sociale constitue donc la voie par laquelle des entrepreneurs proposent de nouvelles manières de résoudre les problèmes sociaux.

Pour l’OCDE, l’innovation sociale est plus précisément un moyen de réformer, par l’exemple et la démonstration, les politiques publiques sociales. Elle s’adresse donc aux Etats qui, pour relever les défis de la protection sociale, vont devoir faire preuve d’ingéniosité (technique et politique).

Dans les pays en voie de développement, l’innovation sociale est perçue comme la mobilisation des ressources technologiques et/ou communautaires pour affronter les défis sociaux. Le tropisme pour les nouvelles technologies vient de ce que l’enjeu est à la fois financier (faire bien avec peu de moyens) et institutionnel (limiter les intermédiaires pour réduire le risque de déperdition).

L’Union européenne, dans une tentative louable mais ardue, de synthèse, cherche à combiner l’innovation procédurale avec les nouvelles technologies et la mobilisation des citoyens pour délimiter ce champ nouveau des politiques publiques.

En France, le débat n’est pas encore tranché. Il y a même encore un conflit de légitimité entre le tiers secteur, qui revendique son antériorité en matière d’innovation (« Chez ….., ça fait trente ans qu’on innove! ») et de nouveaux acteurs qui aimeraient bien prendre leur place, j’y reviendrai.

On pourrait à l’infini lister les façons dont les Etats se saisissent du potentiel de l’innovation sociale. Il me semble cependant qu’on peut toujours retirer quelques principes, sans que cela ne constitue encore une définition. Que faut-il?

– la reconnaissance que des problèmes sociaux (pris au sens large) sont traités soit de manière non satisfaisante, soit de manière insuffisante;

– Que l’action, si tant est qu’il en existe la volonté, est contrainte dans la situation actuelle par des freins désignables. Il peut s’agir de l’inefficacité des acteurs, du manque de moyen financier et matériel, de l’absence d’adhésion des publics visés….

– Qu’il existe des possibilités, organisationnelles ou techniques, qui permettraient de mieux faire ;

– Qu’il existe cependant une forte incertitude sur l’efficacité réelle de ces nouvelles propositions et qu’il faut pour cela la tester.

Pour nous résumer, et une fois encore sans entrer dans le détail de ces différents facteurs, je pense qu’on peut identifier 4 conditions constitutives de l’innovation sociale, qui sont autant d’éléments de sa définition.

– Une situation d’échec assumée

– Des freins clairement qualifiés

– La présence d’idées

– La volonté d’essayer

Je reviendrai par la suite pour préciser ce que j’entends par ces 4 conditions et ce qui en découle si on souhaite avoir une politique d’innovation sociale.

Morgan Poulizac

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