Pourquoi l’échec est-il si important?

« Tout ce qui ne te détruit pas, te rends… » et patati et patata. On connaît tous des échecs, certains comme moi, en ont même fait une seconde nature. Si cela nous rend plus fort, encore faut-il apprendre de ses échecs.

La théorie ci-dessus ne s’applique pas qu’aux enfants, elle vaut aussi pour les innovations sociales et les politiques sociales. La France, dans ce domaine, souffre d’une maladie terrible et dangereuse l’AFE, c’est à dire l’amnésie face aux échecs. Que l’on considère la politique de la ville, la politique de la jeunesse, la politique d’insertion, la politique de démographie médicale, le symptôme n’est pas tant que l’Etat se gaufre dans les largeurs à chaque fois qu’il entreprend quelque chose. Ce qui est grave docteur, c’est qu’il ne semble pas savoir comment utiliser ces échecs pour faire mieux, différemment.

L’avantage du patient français, c’est qu’il est aisé de trouver d’autres responsables pour expliquer ces erreurs: l’administration, les collectivités locales, les associations qui « n’ont pas joué le jeu », et, ultimement, les usagers. Qu’on se rassure, en règle générale, si un dispositif ne fonctionne pas, c’est qu’il est mal fichu dès le départ.

Prenons un exemple ardu puisque le dispositif est à la base astucieux et intelligent, le rSa activité. Comme on sait, le rSa s’adresse aussi maintenant aux personnes qui tout en travaillant, ne parviennent pas à s’en sortir financièrement. Tandis que le rSa socle fait son job, bien, le rSa activité ne décolle pas. Pourquoi cette belle idée s’est-elle plantée? Il y a là un beau sujet d’analyse des politiques publiques d’autant plus important qu’il concerne des personnes qui n’ont pas de sous.

En vrac, l’échec du rSa activité pourrait nous apprendre deux ou trois choses, sans que cela soit garanti 100% malin. D’une part, le rSa activité est trop petit pour inciter les personnes à le demander, il aurait fallu fusionner avec la prime pour l’emploi pour que l’ensemble devienne plus intéressant. D’autre part, les personnes visées ont du mal à se représenter comme ayant droit à une aide sociale, il faut donc sensibiliser, communiquer de manière intense auprès du public potentiel dans les entreprises pour les inciter à se déclarer. Enfin, mais c’est accessoire, la signature de campagne du rSa « le rSa, ça sert à ça » n’est peut-être le plus limpide qu’ait inventé le secteur public pour communiquer sur un dispositif.

Ce qui vaut pour les politiques publiques est encore plus net pour ce qui relève de l’innovation sociale. Proprement, l’innovation sociale consiste à essayer quelque chose qui sort de l’habituel, qui peut éventuellement être un peu risqué. Un billet posté sur le blog du harvard business review rappelle que l’erreur est une part essentielle du processus d’innovation et qu’il serait stupide de s’en priver pour progresser.

Voilà qui fait écho aux travaux du center for american progress qui a récemment consacré une note passionnante sur le sujet de l’erreur dans les politiques publiques.

J’avais déjà plaidé en faveur de la création d’un observatoire de l’échec public, j’ai même désormais trouvé un nom, la direction générale des échecs, soit en abréviation, la DGEC. L’Etat et les collectivités locales ont-elles encore les moyens de dépenser des millions dans des dispositifs qui se plantent et, ensuite d’être incapable d’en rien retirer en termes d’enseignement?J’accorde qu’il est une étape qu’il s’agirait de franchir : en finir avec le dogme de l’infaillibilité énarchique.

Pourtant, point d’innovation sans apprentissage, point d’apprentissage sans faillite.

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2 réponses à “Pourquoi l’échec est-il si important?

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