L’avenir de l’Etat

« L’Etat est à peu près partout énorme, inefficace et fauché. Il n’y a aucune raison à cela ». C’est le rédacteur en chef de The Economist qui le dit. Il n’est pas surprenant que le très libéral hebdomadaire anglais se montre inquiet face à l’avenir de l’Etat, ça ne l’empêche pas de signer un dossier passionnant sur la question dans sa dernière livraison.

Deux tendances et une constante sont à l’oeuvre, nous disent les auteurs.

Un, les Etats ont considérablement grossi depuis les années 1950. Classique, le développement économique s’est accompagné du développement des Etats sociaux et, tandis que la part des dépenses publiques représentait 23% avant la seconde guerre mondiale, elle frôle aujourd’hui les 48% (avec en tête la France, 56%).

Deux, comme ils sont fauchés, ces mêmes Etats essaient aujourd’hui de se réorganiser pour, si ce n’est dépenser mieux, dépenser moins. Cela va de réformes structurelles telles que celles conduites en Suède ou au Canada, en passant par notre révision générale des politiques publiques, ce « grand exercice de réforme qui n’est aujourd’hui plus questionnée » (a-t-elle même jamais été mise en débat?), jusqu’aux initiatives récentes et passionnantes en Grande Bretagne et, c’est The Economist qui nous l’apprend, en Chine pour mettre littéralement à plat la manière dont l’Etat intervient et redistribuer les cartes entre le secteur public, le secteur privé, et le secteur social.

Trois, c’est pour la constante à l’oeuvre, tous les Etats sont confrontés à l’émergence de nouveaux besoins, souvent plus sophistiqués, liés soit à l’exclusion sociale (ce n’est pas neuf mais lorsqu’il s’agit d’un ménage au travail cela devient plus problématique), soit à la santé (comprenant le vieillissement, les dépenses et l’organisation des soins…..).

Les auteurs sont embêtés car ils sentent bien que notre époque ne marque pas un retrait de l’Etat mais plutôt son développement.

La question, et le dossier de The economist est à ce sujet tout à fait éclairant n’est pas nécessairement celle du niveau de dépense mais plutôt celle de la qualité de la dépense. Prenant l’exemple de la Californie, il montre comment une collectivité a sombré en l’espace de 10 ans dans un déficit grandcanyonesque (invention maison) par manque de gouvernance, de contrepouvoir et de régulation.

Les sources d’économies sont nombreuses, il ne faut plus les retarder, celles d’innovation aussi : innovations technologiques bien sûr, organisationnelles sans doute (le débat sur la réforme du Nhs est à ce titre captivant), techniques aussi. Il est ainsi fait mention du mécanisme des bolsa familia, dont j’ai déjà parlé et qui montre qu’à l’occasion le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté est simplement de donner de l’argent aux gens.

L’un des apports du dossier est enfin de mettre l’accent sur les nouveaux partenariats avec le secteur social. Ils peuvent, ainsi que le montre les exemples asiatiques, fournir des services à un moindre coût tout en garantissant une qualité égale de prestation. Les collaborations avec le secteur privé peuvent elles aussi être génératrices d’économies et d’une meilleure réactivité des dispositifs aux besoins sociaux. L’invention, last but not least, de nouveaux objets « mutants », pourraient également être positives (le dossier cite à ce titre les énormes hôpitaux hyperspecialisés qui, en Inde, offrent des soins à moindre coût, on pourrait aussi citer les Maisons infirmières anglaises qui prennent en charge les personnes âgées demandant des soins sans que leur hospitalisation soit nécessaire).

Reste à écrire ce que la société acceptera ou non comme réformes de l’Etat. Comme l’écrit D. Greenberg dans le New York Times, en général, les livres sur les politiques publiques ont bien du mal à dessiner les contours de ce que devraient être les réformes sociales nécessaires pour marquer l’avènement de nouveaux rapports entre l’Etat et la société.

Il est sans doute temps de s’y mettre.

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