Faut-il donner de l’argent aux sans-abris ?

L’hiver touchant à sa fin, il est fort à parier que la question des sdf glisse discrètement sous le radar de l’attention collective. L’association les « morts de la rue » a beau nous rappeler chaque année qu’on meurt plus en été qu’en hiver, rien n’y fait.

Faut-il donner aux personnes dans la rue? Après tout, cela ne nous regarde pas. On peut quand même se demander quel est le meilleur moyen d’aider les personnes sans abri. Le sans abrisme n’étant pas un phénomène récent, on commence à savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas. On dépense depuis 30 ans chaque année un peu plus pour les sdf sans parvenir à éradiquer le problème.

L’année dernière, une association londonienne a testé un nouveau dispositif pour aider les sdf. Il s’agissait en l’espèce d’identifier 15 sdf de longue durée (en gros qui ont passé plus d’un mois d’affilée à la rue), de leur désigner un référent et, surtout, de leur proposer une allocation de 3000 livres (soit 3500 euros) pour acheter ce dont ils auraient besoin pour sortir de la rue.

Le projet, évalué par la Rowntree foundation, montre qu’une majorité d’entre eux décident alors de se trouver un logement fixe et éventuellement d’acheter un bien de consommation utile pour eux. Au final, plus de la moitié d’entre eux sort durablement de la rue.

Bien sûr, le projet ne porte que sur 15 individus, dotés par ailleurs d’un référent particulièrement motivé. Néanmoins, cela montre qu’il pourrait être intéressant de confier à ces personnes une allocation plutôt que de leur offrir un accès à des services qui ne résolvent rien à leur situation à moyen terme.

Pour mémoire, on estime qu’un sdf « coûte » à la collectivité britannique 26 000 livres par an (28 000 euros), on estime, à vue de nez, qu’un sdf en France coûte quant à lui un peu plus de 30 000 euros par an. On se gardera de recommander la généralisation de ce genre de projet en France sans faire aussi place à d’autres dispositifs tels que les maraudes mobiles des enfants du canal. On pourrait en revanche le tester.

Néanmoins, ce n’est pas rien de pouvoir affirmer que plutôt que de les entourer de dispositifs sociaux très coûteux, il peut être plus efficace de leur confier directement de l’argent (avec évidemment un accompagnement social adapté). Ca ne va pas plaire à tout le monde.

En conclusion, voici là encore une application des fameux mécanismes de transferts conditionnés d’argent dont on devrait rudement plus s’inspirer.

2 réponses à “Faut-il donner de l’argent aux sans-abris ?

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