Lunettes pas chères?

Il est une règle contemporaine du commerce de proximité qui veut que toute fermeture de boutique donne inévitablement lieu à l’ouverture d’un salon de coiffure, d’une sandwicherie ou d’un opticien. Serait-ce par hasard le signe que ces trois commerces sont les plus rentables ?

N’étant plus client des salons de coiffure depuis que ma calvitie ne laisse plus présager aucune amélioration, évitant les sandwicheries pour des raisons gastriques évidentes, ne me reste que les opticiens (avec une préférence très nette pour ceux qui accolent l’épithète « visagiste » devant leur qualification).

Prenons un exemple, simple. Soit un individu souhaitant changer de lunettes, non bénéficiaire de la CMU mais disposant d’un contrat de mutuelle tout à fait moyen. Il choisit une monture, disons 150 euros, ces dernières montant allègrement au delà des 200 euros pour qui souhaite disposer d’une griffe sur sa branche de lunette, on lui choisit des verres, disons 100 euros chacun, soit un total de 350 euros, remboursé par la sécurité sociale au tarif généreux de 4 euros et couvert par sa mutuelle dans le meilleur des cas à hauteur de 100 euros. Reste donc à sa charge 220 euros pour disposer de lunettes neuves et adaptées à sa vue.

Est-ce normal? Pas évident. Si l’optique est à ce point présente dans nos centres villes, c’est bien sûr qu’il s’agit d’une activité formidablement profitable. Les verres, fabriqués en Chine par le leader du marché et les montures aussi ont un coût de revient à peu près égal à celui d’un stylo bic et sont néanmoins toujours facturés comme des stylos montblanc.

Choquant? peut-être. Si la CMU permet l’accès à un équipement optique pour les plus précaires, il existe une part croissante de la population pour laquelle le coût de lunettes est tout simplement inabordable: ménages bi actifs à faibles revenus, chômeurs confrontés à des problèmes financiers, personnes âges pour lesquelles l’équipement optique est nettement plus cher parce que plus sophistiqué……Sans parler de l’accès aux lentilles, rendu impossible par les taux de remboursement pratiqués par la sécurité sociale.

Blâmer la sécurité sociale? certainement pas, la définition du panier de soins est un exercice difficile et si on peut regretter que l’optique ne bénéficie pas d’un traitement plus favorable, ce n’est pas moi qui dirait du mal de notre enviable sécurité sociale.

Alors qui ? Ce matin, j’apprenais grâce aux Echos que le fondateur de Meetic souhaitait se lancer dans la vente de lunettes et de lentilles en ligne, à moindre coût s’entend, via la nouvelle entreprise Sensee. Excellente nouvelle aux conséquences nombreuses mais insuffisantes. Fort bien si l’introduction d’un nouvel acteur permet de bousculer un peu le secteur de l’optique en cassant les prix, il était temps. Les bons opticiens resteront dans la place, les mauvais retourneront vendre des jeans. Encore mieux, mais je n’ose l’imaginer, si Marc Simoncini, pas le dernier des cons, en profite pour se poser la question de rendre accessible l’optique pour tous ceux qui se trouvent juste au dessus des minima sociaux. Il s’agirait pour cela de simplement créer une filiale destinée à offrir des lunettes pour ceux qui ne peuvent plus se les payer. Pas besoin de renoncer à ses profits pour autant, juste de faire preuve d’un peu de créativité pour tester ce dispositif.

 

2 réponses à “Lunettes pas chères?

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