Changer d’échelle sans perdre les pédales

Les idées suivant un processus évolutif inaltérable, tandis que la France semble découvrir le concept d’innovation sociale, les anglais eux, se posent la question du changement d’échelle.

C’était du moins le thème de la conférence sur l’entrepreneuriat social organisée par la fondation Skoll qui s’est tenue la semaine dernière. Les conférences étant disponibles par audio, il n’est pas utile de revenir sur ce qui s’est dit, d’autant que ça ne dénote pas forcément par son originalité.

La question du changement d’échelle est centrale dans le processus d’innovation sociale. Or, il n’existe pour ainsi dire aucune politique destinée à s’inspirer d’une expérience sociale conduite avec succès sur un territoire pour l’étendre à d’autres.

Si les institutions d’un tel changement d’échelle manquent, cela tient sans doute au comportement des acteurs eux-mêmes, la France se distinguant par son inextinguible capacité à innover….localement. J’ai déjà souligné que les sources d’innovation sociale sont désormais très nombreuses et qu’il n’est pas un problème social qui n’ait des experts académiques, des associations, des collectivités plus engagées. Le problème est plutôt de savoir où les solutions sont les plus intéressantes et comment les transposer ailleurs.

Le premier stade du changement d’échelle consiste évidemment à s’assurer que la première échelle n’est pas de travers, ce qui signifie évaluer la pertinence du dispositif. Pas facile dans un pays où on préfère l’injonction à l’évaluation. Par suite cependant, il faut organiser les processus et les outils qui permettent la généralisation d’un dispositif, ou du moins son extension.

A ce titre, il n’est pas inintéressant de regarder ce qui se passe dans d’autres domaines. En matière de santé notamment, les processus de généralisation des innovations thérapeutiques font aujourd’hui l’objet d’un encadrement très rigoureux. Qu’on songe à la Cochrane, à la Campbell collaboration ou aux organismes chargés d’établir les référentiels thérapeutiques (le Nice en Grande-Bretagne, la HAS en France), le rôle de ces institutions est de se saisir d’innovations, de les évaluer, de départir ce qui relève des individus et des outils, des conditions et des aléas pour établir un référentiel, dès lors utilisable par tous.

La question sociale est sans doute plus complexe que la question médicale (quoique), ce n’est pourtant pas une raison pour se dissimuler devant la « spécificité de la personne » (une maladie aussi est spécifique). Cela implique cependant qu’existe au niveau des Etats, et, plus vraisemblablement au niveau européen, des comités chargé d’établir ces bonnes pratiques pour chacune des questions sociales récurrentes dans nos systèmes sociaux: l’insertion des jeunes, la mobilité, l’exclusion numérique, le sans-abrisme, la prévention de l’obésité.

Le risque inverse, si la question du changement d’échelle ne se pose pas rapidement, est de continuer à financer des pilotes sans avenir, des innovateurs sans talents, des entrepreneurs qui en ont mais seulement pour lever des fonds, bref à avoir applaudi à l’avènement de l’innovation sociale sans en prendre la mesure.

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