Le programme du parti socialiste comme si on y était

Le parti socialiste vient de révéler l’ébauche de son programme présidentiel. D’autres commentateurs plus futés que moi s’étonneront d’un programme sans candidat. C’est un peu comme un gâteau au riz sans riz, ça fait un flan. Passons.

Le programme, ou ce qu’il en paraît, est évidemment bancal puisqu’il lui manque la cohérence d’ensemble qui fait les grandes signatures de campagne et qu’il n’est nullement fait référence aux sujets qui fâchent, autrement dit comment faire mieux quand on a moins. Ça aussi des critiques affutés l’écriront mieux que moi.

Si on regarde cependant les quelques mesures présentées, certaines ne manquent pas d’intérêt. J’avais vicieusement souligné que l’innovation sociale devenant à la mode dans certaines cercles, il ne faudrait pas longtemps pour qu’elle se retrouve dans un programme de campagne. Bingo puisqu’est mis en avant comme l’une des principales mesures la relance des emplois jeunes dans les activités d’innovation sociale et environnementale.

Le souci comme toujours est qu’on ne sait pas encore ce que signifie l’innovation sociale. Un exemple, cité cependant dans le JDD, est la possibilité pour des jeunes sans qualification de conduire des diagnostics énergétiques pour le compte d’entreprises sociales j’imagine ou encore l’embauche par des collectivités de ces dits jeunes.

Deux remarques à ce stade. On ne peut que souscrire à l’investissement, à coups de bonne dette publique, dans la formation des jeunes, c’est entendu; idem pour la création de nouveaux emplois de service (c’est ce à quoi tout cela revient) et gloire à dieu si on peut laisser tranquille la « société du care » qui ne créé que des emplois à faible productivité (c’est bien mais ce n’est pas cela qui va réduire le chômage).

En revanche, le fait d’avoir un emploi jeune, y compris dans l’innovation sociale, garantit-il pour autant une qualification ou un job à moyen terme? Rien n’est moins sûr tant les exemples étrangers similaires (aux Etats-Unis ou en Scandinavie) nous indiquent que le potentiel d’emplois durables ne se trouvent pas là.

Pourquoi ne pas laisser ces emplois faiblement qualifiés, de proximité, aux personnes en insertion sociale ou en chômage de longue durée ? Si l’investissement dans l’emploi des jeunes se traduit par une raréfaction des emplois pour les personnes éloignées du travail, je ne suis pas sûr qu’on y gagne.

En revanche, si on regarde de près l’exemple Allemand et les réflexions en cours aux Etats-Unis, on s’aperçoit qu’une politique efficace pour lutter contre le chômage des jeunes réside dans la relance massive d’une politique industrielle à laquelle on adjoint une relance de la formation en alternance avec du pognon frais au besoin.

Le programme égrène ensuite une série de mesures pour les unes consensuelles (à gauche du moins), comme la réforme de la fiscalité, la proposition Piketty étant de toute manière d’emblée formulée en termes politiques, pour les autres ….. consensuelles, comme l‘investissement dans le logement social (même si je ne doute pas qu’ils savent qu’existe entre rien et 150 000 logements un laps de temps équivalent à deux quinquennats et que, surtout, beaucoup peut être fait entre temps).

J’ai été pour ma part intéressé par les propositions relatives à la santé où on sent que le parti socialiste n’ose pas encore formuler les choses. Faut-il obliger les médecins à s’installer en zones rurales? La question est passionnante, je l’ai déjà dit mais elle mérite d’être pris de plus haut. Faut-il autoriser les dépassements d’honoraires dans certaines villes ce qui permet à des médecins d’y rester malgré la surdensité d’offre médicale. Ne faudrait-il pas rémunérer beaucoup plus généreusement les consultations effectuées en zones à faible densité médicale? Ne faut-il pas inventer des modes d’exercices groupés pour ces médecins ruraux? Bref, si notre système de santé est enviable, ne faudrait-il pas le réformer profondément si on ne souhaite pas que les inégalités sociales ne continuent de se creuser?

Il est fait mention d’une relance des maisons de santé. Bonne idée, mais à quoi doivent-elles ressembler. A des dispensaires ringards comme aujourd’hui ou à des structures médicales et sociales comme c’est le cas en Finlande par exemple.

On est quand même content quand le parti socialiste à des idées. On regrette qu’il ne s’aventure pas sur les sujets sur lesquels il n’est pas à l’aise (politique industrielle, réforme de l’Etat, réforme de l’éducation….). Cela viendra sans doute en son temps.

Une idée cependant, si la fusion en une seule entité des capacités de financement de l’Etat semble très urgente (pensez du coup à fusionner les CE et les cantines de ces établissements, cela fera faire des millions d’économies à l’Etat), il serait utile de doter cependant un fonds dédié à l’innovation sociale pour, notamment, faciliter les collaborations entre secteurs et mettre en place des outils d’évaluation de ces politiques (le NESTA fait déjà un peu ceci en grande Bretagne, avec succès).

J’imagine que tout ceci va être mis en débat, tant mieux, j’espère simplement que le parti socialiste est revenu des débats tout « internet ».

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Une réponse à “Le programme du parti socialiste comme si on y était

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