Pourquoi l’idée de demander aux bénéficiaires du rSa une contrepartie n’est pas une bonne solution à un problème réel

et Ouais, on peut être jeune, branché et aimer lAuvergne

En début de semaine, Laurent Wauquiez, membre du gouvernement à on ne sais plus quoi tant il est transparent, a annoncé son intention, ou plutôt celle de son groupe « la droite sociale » de demander « de manière expérimentale » aux départements de demander aux bénéficiaires du rSa d’accomplir des missions d’utilité sociale en contrepartie de leur allocation. 5 heures par semaine pour être précis.

Pas sûr que les départements, majoritairement dans l’opposition, se précipitent pour mettre en oeuvre cette expérimentation. On pourrait ensuite un peu vite disqualifier la proposition en raison de ses intentions sous-jacentes et bien connues. Il faut responsabiliser le pauvre. Il serait besoin, selon ses défenseurs, de faire comprendre aux bénéficiaires de l’aide sociale qu’ils ont une responsabilité: celle d’en sortir et accessoirement de s’en sortir.

Bref, il y aurait, en France, une politique de l’assistanat qui n’inciterait pas les bénéficiaires de ces dispositifs à « se prendre en main ». L’argument n’est pas dénué de sens et on peut comprendre que des contribuables s’inquiètent de payer pour ceux qui ne font rien. Ce n’est pourtant pas la bonne manière de poser le problème, même si ça pose un certain nombre de bonnes questions.

1. Le retour à l’emploi de certains bénéficiaires du rSa peut être rendu plus difficile par l’éloignement durable du marché du travail. C’est vrai pour des bénéficiaires qui n’ont que très peu voire jamais travaillé en entreprise, le retour au travail peut être brutal. Horaires, rapports parfois musclés entre les personnes, autorité, il ne faut pas minimiser la difficulté que peut éprouver un certain nombre d’entre eux à reprendre spontanément un emploi. A ce titre, la réalisation d’activités, quelqu’en soit la nature, peut s’avérer utile. Mais ce n’est parce qu’ils rendent service « à la collectivité » qu’il faut promouvoir l’idée, c’est parce qu’ils peuvent en retirer personnellement un bénéfice.

Cela peut prendre la forme d’immersion en entreprises, comme le permet désormais la loi sur les contrats aidés, cela pourrait, pour certains publics très éloignés de l’emploi, également prendre la forme d’activité d’utilité publique à temps réduit, pourquoi pas, mais le but ne sera jamais de se contenter de leur avoir demandé une « contrepartie », c’est tout au plus un outil supplémentaire d’insertion.

2. Attention cependant, ce n’est certes pas parce qu’on offre à des bénéficiaires une activité que cela peut les conduire à retrouver un emploi. D’une part, le fait de reprendre une activité dépend d’abord du niveau de qualification et des emplois disponibles et non d’une quelconque « volonté » ou sens des responsabilités vis à vis de la collectivité. D’autre part, le fait pour un bénéficiaire du rSa de devoir ramasser les feuilles dans une cour d’école peut, inversement mais durablement, le dissuader de rechercher définitivement un emploi. Qui serait d’accord pour le faire? Certainement pas les conseillers de monsieur Wauquiez, alors pourquoi des bénéficiaires du rSa.

La création de ces activités publiques emporte aussi un risque. Soit le besoin social existe vraiment, et pourquoi ne pas alors déléguer cette activité à une structure d’insertion dont le job sera non seulement d’accomplir la mission mais aussi d’accompagner le bénéficiaire dans d’autres démarches. Soit le besoin n’existe et auquel cas le bénéficiaire va se retrouver à accomplir des activités d’utilité qui en manquent considérablement.

3. Pour certains publics en insertion (en règle générale) ceux et celles qui ne devraient pas y être, la difficulté de retrouver un emploi n’est pas liée à un confort d’assisté. Elle est bien plus déterminée par le faible nombre d’offres d’emplois, l’absence de qualification et le fait que les emplois, lorsqu’ils sont disponibles, offrent des conditions peu prisées (genre métiers de l’hotellerie restauration qui sont acceptables à 20 ans, dissuasives à 50).

4. N’en demeure pas moins un problème réel : comment proposer des activités favorables à l’insertion, ou comment valoriser les activités déjà accomplies par des bénéficiaires du rSa (s’occuper de ses enfants, participer à la vie de la communauté…..). Il serait sans doute intéressant de réfléchir à des modes de valorisation de ces formes d’engagement, associatif (le fait de donner son temps relève déjà d’une utilité sociale) ou non, d’imaginer effectivement des régimes de micro-emplois permettant aux plus cassés de reprendre pied dans le milieu professionnel, d’accéder à des emplois malgré leurs handicaps et, peut-être de pouvoir y rester.

En conclusion, ce système de contrepartie souligne la nécessité de reconsidérer l’accès au travail des personnes qui en sont exclues. Le rSa, malgré son succès mitigé, a entendu résoudre une partie du problème. Il serait utile de traiter désormais le second volet, lié à l’insertion sociale et professionnelle qui, entre les jérémiades du secteur de l’IAE et le silence des pouvoirs publics, mériterait pourtant un débat et des propositions audacieuses.

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Une réponse à “Pourquoi l’idée de demander aux bénéficiaires du rSa une contrepartie n’est pas une bonne solution à un problème réel

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