Morale et art, vite fait

Je ne m’attarderai pas longuement sur la dernière polémique impliquant une photographie de A. Serrano montrant un crucifix plongé dans l’urine de l’artiste. Tant que ça cause et que lui s’enrichit, rien à redire après tout.

Son travail, d’une manière générale, joue de toute façon toujours avec ce type des codes faits de provocation, d’une belle maîtrise plastique et d’un mauvais goût très calculé. Je lui recommande, tant qu’il est encore temps d’aller photographier un enfant irradié au Japon ou un garçon balafré en Libye.

Le point intéressant n’est pas que quelqu’un vandalise l’oeuvre, même s’il est toujours assez réjouissant d’entendre parler d’une personne contrevenant aux règles de présentation muséale. Après tout, il pourrait sans doute y avoir autant d’art dans le fait de pisser devant l’oeuvre de Serrano, nous montrant sa pisse, pour peu que l’ensemble soit correctement théorisé au préalable.

Ce qui me semble remarquable, ici comme parfois ailleurs, c’est le rapport qu’entretient aujourd’hui l’oeuvre d’art avec la morale. On se rassure, je fais bref. B. Crocce, dont je relisais ce week end les écrits sur l’esthétique, parie sur l’absence de morale dans l’acte artistique ou plutôt : l’oeuvre d’art n’est pas morale. La scène représentée peut ne pas être morale, c’est le cas de 90% des tragédies grecques, l’artiste peut être de moeurs dissolues, cela n’affecte en rien l’oeuvre qu’elle nous apparaît.

A la même époque, le mouvement expressionniste naissait et affirmait, dans son manifeste, quand à lui que l’oeuvre devait traduire, dans sa brusquerie, la laideur et la douleur que lui inspire le monde. Elle n’est pas elle-même morale, ce n’est pas son sujet, c’est la disjonction entre le regard et l’oeuvre qui produit le malaise, la beauté.

Il y a certainement un peu des deux dans l’affaire du pipi. L’oeuvre en tant que tel n’est ni morale ni immorale, elle est là (dans sa réelle plasticité), sans parvenir cependant à nous ouvrir à l’intuition esthétique, nous confinant simplement dans un spectacle lourdeau, préparé, su. Elle souhaite au surplus traduire une contradiction contemporaine (le désenchantement du monde), elle le fait cependant avec les codes de la plus mauvaise des publicités, explicites et directs, sans même donner chance au regard individuel.

Bref, le problème c’est pas le contenu de l’oeuvre, le problème, c’est sa médiocre qualité.

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