Sarkozy dans les Ardennes, portrait de la France en fin de développement

Je regardais ce matin Nicolas Sarkozy lors de son déplacement dans le département des Ardennes sur un thème proche de ceux traités ici. Il ne me revient certainement pas d’en faire une lecture politique, bien d’autres s’en chargeront. Quelques remarques cependant, sur la forme et sur le fond.

Sur la forme, on regrettera que l’agenda politique semble se dessiner sans, décidément, aucune cohérence politique. Il semble que l’ordre du jour doive se déterminer à l’aune d’impressions et de sondages, aux dépens d’une nécessaire continuité de l’action publique. En résulte une série malheureuse de soubresauts, de virages improbables et de dérapages.

Sur la forme toujours, difficile de sortir d’une rhétorique fatigante et populiste du « eux contre nous ». Ce coup-ci, on a eu droit aux « experts » coupables, selon le président de « dire sans faire ». S’il est intéressant de voir ainsi mis en cause la figure de l’expert dans le processus de décision politique (voir un précédent poste), soit N. Sarkozy ne sort pas de son bureau, auquel cas il ne se rend pas compte que l’Elysée en est rempli, soit, c’est plus vraisemblable, il recourt à une vieille formule, tendant à opposer l’expert et la société. Dommage. Idem entre les grands patrons et les petits ouvriers, les grands élus avec les maires des petites communes, les tenants de l’immobilisme avec les réformistes, tout ça est vu et revu, politique et facile.

Sur le fond cependant, si on compare le discours de campagne en 2006 avec celui de ce matin, il faut admettre que la ligne générale du propos de ce matin était claire et assez riche à dire vrai. D’une part, plutôt que d’opposer travail et assistanat comme précédemment et comme le font tristement encore certains de ses ministres, il était ce matin question de qualité de l’emploi, de reconnaissance du salarié et de valorisation de sa contribution. Dommage que cette clairvoyance ne lui vienne qu’en fin de mandat, c’eut pu constituer un programme intelligent de réforme du marché du travail. Sur la dette publique, si le constat réaliste de sa nécessaire diminution est rassurant, on s’arrête encore aux moyens d’alléger le service public sans s’interroger sur les missions qu’il lui revient et qu’il faut assurer.

Je glisse sur l’affaire de la prime qui ne remplace pas le débat sur le partage de la valeur ajoutée, pire, qui le rend impossible.

Plus généralement, je ne sais pas s’il est judicieux de dire que la France doit se réformer sous prétexte que d’autres pays veulent leur « part du gâteau ». C’est, comme trop souvent, considérer que la mondialisation serait une donnée palpable et implacable pour tous, plus précisément, et c’est une faiblesse du discours de ce matin, c’est envisager la réforme comme un prix à payer pour s’adapter. Pas sûr que ça cause aux bénéficiaires du rSa, ni même aux chômeurs.

Deux points rapides de conclusion. Il est pour le coup délétère que le discours, cohérent, de ce matin soit à ce point contredit par d’autres décisions relatives notamment à l’incapacité de réduire les inégalités en France, que l’attention portée ce matin aux situations individuelles et personnelles soit démentie par d’autres sorties funestes et générales sur une soit disant France de l’assistanat ou d’une France qui verrait son pouvoir d’achat croître (en moyenne, peut-être, mais qui se fout de la moyenne), qu’enfin, cette analyse, non dénuée d’intérêt ne parvienne pas à dépasser une rhétorique qui oppose plutôt qu’un élan qui propose.

Il importerait de repasser par les situations individuelles vécues pour reconstruire, pièce à pièce, une représentation lisible de la société française, par sûr qu’on y parvienne.

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