Cet été, pas besoin de tatouage pour se distinguer, découvrez votre bipolarité

Voilà une série audacieuse tant elle n’a rien à voir avec le reste du blog. Après Catherine Zeta Jones (femme de Michael), Charlie Sheen (Fils de Martin), c’est maintenant Demi Lovato, chanteuse pour ados, qui avoue souffrir d’un trouble bi-polaire.

Le trouble bi-polaire serait-il en train de devenir le mal de notre temps? C’est toujours mieux que l’addiction au sexe qui aurait vraisemblablement conduit à la disparition de la civilisation moderne.

Trois choses qu’on peut dire sur la bi-polarité: ce que c’est, ce que cela peut éventuellement traduire, pourquoi j’en cause.

1. La bipolarité est, rapidement dit, la nouvelle manière de désigner les troubles maniacodépressifs. Il s’agit plus précisément d’un dérèglement de l’humeur (des hauts et des bas) qui peut néanmoins prendre des formes aiguës, de la dépression jusqu’à l’excitation (appelée hypomanie).  On la distingue classiquement selon l’intensité de ces manifestations de 1 à 3, voire jusqu’à 4. Les troubles bi-polaire 3 et 4 s’approchant plutôt de formes complexes de cyclothymie, quoique parfois brutales.

Dans son livre sur le trouble bi-polaire, Marc-Louis Bourgeois décrit attentivement les différents symptomes et manifestations de la bipolarité. Dans ses formes la plus courante, cette maladie s’exprime par une succession de périodes d’excitation, associées à une forte désinhibition sociale et sexuelle, une intense créativité et de périodes de dépression, souvent profondes.

On a beaucoup écrit que la bipolarité est fortement associée à la créativité, et, dans l’histoire, on suppute qu’un grand nombre d’artistes ont pu souffrir de bipolarité (Schumann, Cobain, Van Gogh…..). Voilà qui constitue certes un avantage pour les bipolaires. Inversement, cette pathologie est aussi liée à des difficultés d’insertion sociale, manifestée par des ruptures sentimentales et professionnelles et même des difficultés d’ordre pratique (payer ses factures à temps, procrastiner….). Et, surtout, les bipolaires présentent, lorsqu’ils ne sont pas traités, un risque suicidaire important (un taux de suicide 25 et 40%, et une morbidité dans tous les cas supérieure à la moyenne).

2. La « découverte » de la bipolarité chez un certain nombre d’individus tient vraisemblablement à ce que cette pathologie est encore mal définie et connue. On estime qu’entre 1 et 4% de la population souffrirait de troubles bipolaires. Il ne faut cependant sans doute pas considérer que nous serions simplement en train de découvrir une maladie jusque là négligée. On peut à juste titre considérer qu’une dimension décisive dans l’avènement d’une pathologie tient à sa « construction » sociale. Non pas qu’il faille considérer que la maladie est uniquement le résultat d’un processus social, il s’agit plutôt de souligner le lien entre l’état d’une société et sa manière de qualifier les troubles psychiques. Alain Ehrenberg, dans son livre important (mais un peu rasoir) sur la dépression remarque que chaque époque a dû inventer une nouvelle manière de considérer la dépression. Au siècle précédent, on parlait de mélancolie, au tournant du XXe de neurasthénie, depuis la seconde guerre, on parlait de dépression et on lui associait un médicament, le prozac. La bipolarité traduit sans doute une nouvelle forme de malheur, variable et durable, elle renvoie en tout cas à l’expression de quelque chose d’individuel mais aussi de social. 

3. N’étant pas psychiatre, je sais d’où je parle et n’avancerai rien qui puisse laisser soupçonner la moindre compétence en la matière. Je suis cependant surpris que notre époque qui n’apprécie rien tant que les héros résilients, qui ne croit plus tellement au héroïsme capitalistique (American psycho appartient définitivement à l’histoire imaginaire) semble aujourd’hui découvrir la bipolarité comme une manière d’expliquer certains comportements individuels. Finalement, sans qu’il soit nécessaire d’en souffrir réellement, la bipolarité nous dit que les périodes d’excitation peuvent être intenses mais qu’elles sont brèves. Que la dépression, le sentiment d’échec, la culpabilité, sont après tout des sentiments communément partagés, qu’ils peuvent abattre certains, qu’ils ne sont pas à repousser. Que, finalement, nos trajectoires ne sont jamais rectilignes vers la félicité, qu’on peut tout au mieux les stabiliser pour éviter qu’elles ne nous abiment trop.

Sans pousser là où ça n’avance pas, la bipolarité est l’expression progressive de ce que sont nos sociétés, pas nécessairement dramatiques ni positivement glorieuses. Voilà peut-être d’où vient mon intérêt pour la définition du bonheur contemporain et de la place que j’accorde à l‘échec.  

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Une réponse à “Cet été, pas besoin de tatouage pour se distinguer, découvrez votre bipolarité

  1. Pingback: Liens pour les lire : groupon, pognon, dépression, innovation « Morgan Poulizac·

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