Les rémunérations « extravagantes »

Débat ce matin entre un économiste et un fonctionnaire (haut) sur la question des rémunérations « excessives » et de leur encadrement. Tous deux sont décidément plus convaincants quand ils ne se font pas les chevaliers blancs l’un de la rationalité économique et l’autre de l’intérêt général. Passons.

Il s’agit d’une question pas facile à déficeler. Passée l’indignation (ça me fait mal au coeur), dont on sait qu’elle dépend beaucoup des circonstances, il est certain que l’existence de rémunérations excessives devient problématique lorsqu’elle emporte des conséquences nuisibles sur le pouvoir d’achat des autres. En temps de croissance, pas de raison de s’affoler, il y aura toujours quelque chose à se partager. En temps de crise néanmoins, on commence à regarder plus attentivement qui profite le plus de la création de richesse.

Il est certain que depuis 2008, il existe un décrochage entre la croissance du pouvoir d’achat des très très riches et celle des autres. Préoccupante ici, elle est bien plus marquée ailleurs, notamment aux Etats-Unis où ce phénomène s’est particulièrement développé avec la financiarisation de l’économie (voir les travaux de Philippon à ce sujet) et à la reprise « sans emploi » de ces derniers mois. Car ce à quoi on a assisté ces 20 dernières années, c’est plus à la constitution d’une classe de travailleurs considérablement rémunérés mais clairement limités à certains secteurs précis (finance et conseil) qu’à un phénomène plus général frappant l’ensemble de l’économie. On peut après toujours vouloir se faire ceux qui gagnent des sous mais ça ne fait pas un programme politique.

Avant d’évoquer le point des solutions, il est important de distinguer deux séries de causes distinctes et en exclure une. A exclure, le fait que ces personnes seraient des enfoirés: manquer d’altruisme ne signifie pas nécessairement être un méchant. Ce qui ne signifie pas qu’on ne puisse échapper à une certaine schizophrénie bien connue chez certains militants de gauche. Je me rappelle très bien la réponse que M. Pigasse avait faite dans le magazine XXI à la question de savoir s’il pouvait facilement dissocier son activité de banquier et celle d’investisseur dans Le Monde: « Je n’ai pas les idées de mes intérêts et je l’assume »……(je vais en faire mon mantra je crois).

Deux causes donc: d’une part, une relative financiarisation de l’économie avec pour seul principe celui de la maximisation du profit et avec pour conséquence le développement d’une économie financière assez débridée versant des salaires conséquents à leurs salariés; de l’autre, comme le mentionnait très justement l’un des intervenants, une évolution de la gouvernance des entreprises qui a fait glisser le centre du pouvoir de l’assemblée générale des actionnaires au conseil d’administration.

Y-a-t-il un lien entre les rémunérations et la performance économique: c’est un vieux débat remontant au moins aux travaux de W. Baumol et où on se casse les dents systématiquement. Tout dépend de ce que l’on mesure et du type d’entreprises dont on parle. Il n’y a pas de consensus et il se sert à rien de trouver la statistique magique qui démontra le système.

Taxer ou plafonner ? Je me réjouis que l’un des intervenants ait changé d’avis sur la question pour considérer que le plafonnement des rémunérations est par nature un mauvais principe auquel on trouvera toujours par ailleurs une esquive. Il faut taxer? peut-être mais alors comment faire, pas facile sans doute.

Prio et avant toute chose, il est sans doute préférable de réfléchir à l’évolution de la gouvernance des entreprises afin de rétablir le poids et la juste autorité de l’assemblée générale des actionnaires sur les dirigeants, organiser les conditions d’une moindre dépendance (pas facile je sais) des entreprises au secteur financier et, c’est mon gadget du moment, permettre aux consommateurs de connaître la politique de rémunération des entreprises dont ils utilisent ou consomment les biens et services.

Pour finir, il était fait mention ce matin d’un forum des idées organisé par la fondation Terra nova à Strasbourg, je suis donc allé voir le site, il y a une plateforme interactive pour faire des propositions et participer à des débats. C’est marrant et cruel mais j’ai vraiment ressenti ce qu’on éprouve lorsqu’on va parfois dans des discothèques de campagne en milieu de semaine : le cadre est un peu glauque, la musique un peu forte mais surtout…..on est tout seul sur la piste de danse. Ah, il faudrait vraiment arrêter de penser que le Web 2.0 peut se faire sans des vrais gens…

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