Les 100 meilleurs livres de non fiction de l’histoire

Coup sur coup, The Guardian et le New York Times ont décidé, les copieurs, de dresser la liste des 100 plus grands livres de non fiction de toute l’histoire. La méthode est non scientifique, la finalité discutable mais le tout ne manque cependant pas de goût.

Ce genre de liste ne vaut que si ceux qui la produisent ne se la raconte pas trop, ce qui rend l’exercice assez peu probable en France. Qu’importe, outre que j’aime beaucoup les listes, j’aime encore plus celles qui me montrent combien je suis ignorant. A la lecture des deux listes, on est quand même stupéfait par la manière dont s’organise les « champs » intellectuels » anglais et américain. Peu ou pas d’auteurs continentaux, un goût immodéré pour le récit idéologique et une sur représentation des sciences sociales molles. A noter enfin que du côté français, c’est un peu le désert de gobi puisqu’on ne trouve que Cocteau, Barthes, Foucault et qu’aucune liste ne mentionne Stéphane Hessel et son manifeste « Indignez vous », les cons !

Dans les deux listes, je propose un mix de quelques uns des titres que je recommanderais volontiers à ma voisine si elle voulait bien arrêter d’être amoureuse de Jean-Pierre Pernault.  On y va.

côté Guardian, on garde :

The Story of Art by Ernst Gombrich (1950)
The most popular art book in history. Gombrich examines the technical and aesthetic problems confronted by artists since the dawn of time (ça reste un classique, c un peu rasoir tout de même)

Eichmann in Jerusalem by Hannah Arendt (1963)
Arendt’s reports on the trial of Adolf Eichmann, and explores the psychological and sociological mechanisms of the Holocaust (la façon dont Arendt se fait journaliste lui permet d’éclairer la shoa comme peu d’autres ont fait)

Hard Times: an Oral History of the Great Depression by Studs Terkel (1970)
Terkel weaves oral accounts of the Great Depression into a powerful tapestry (ça c’est génial, à lire absolument dans la traduction parue aux Editions Amsterdam, trop peu connu en France)

The Age of Extremes: A History of the World, 1914-1991 by Eric Hobsbawm (1994)
Hobsbawm charts the failure of capitalists and communists alike in this account of the 20th century (hyper marqué politiquement, avec des trous invraisemblables mais ça nous change de l’histoire neutre qu’on nous sert souvent)

Postwar by Tony Judt (2005)
A magisterial account of the grand sweep of European history since 1945 (un livre admirable, d’une figure intellectuelle morte l’année dernière)

The Romantic Generation by Charles Rosen (1998)
Rosen examines how 19th-century composers extended the boundaries of music, and their engagement with literature, landscape and the divine (Rosen est un type marrant, je préfère ce qu’il écrit sur l’école de vienne)

Essays by Michel de Montaigne (1580)
Montaigne’s wise, amusing examination of himself, and of human nature, launched the essay as a literary form (à la différence de Rousseau, qui me gongle, Montaigne ne cesse de me réjouir à chaque fois que je le lis)

The Structure of Scientific Revolutions by Thomas Kuhn (1962)
A revolutionary theory about the nature of scientific progress (lecture utile pour qui veut utiliser intelligemment l’expression « changer de paradigme »)

Praise of Folly by Erasmus (1511)
This satirical encomium to the foolishness of man helped spark the Reformation with its skewering of abuses and corruption in the Catholic church (document très intéressant qu’on a tendance à comprendre de travers)

Suicide by Émile Durkheim (1897)
An investigation into protestant and catholic culture, which argues that the less vigilant social control within catholic societies lowers the rate of suicide (c’est vraiment pas le bouquin que je préfère du bonhomme, mais c’est le seul dans la liste, le thème de l’anomie est toujours autant d’actualité)

Economy and Society by Max Weber (1922)
A thorough analysis of political, economic and religious mechanisms in modern society, which established the template for modern sociology (l’analyse est vraiment datée, mais elle est pleine d’intuitions contemporaines)

In Cold Blood by Truman Capote (1966)
A novelistic account of a brutal murder in Kansas city, which propelled Capote to fame and fortune (on en parle toujours, on ferait mieux de le relire)

The Gulag Archipelago by Aleksandr Solzhenitsyn (1973)
This analysis of incarceration in the Soviet Union, including the author’s own experiences as a zek, called into question the moral foundations of the USSR (c’est un peu un pensum, à lire avec de la vodka)

Discipline and Punish by Michel Foucault (1975)
Foucault examines the development of modern society’s systems of incarceration (on y peut rien, Foucault est toujours une star chez les anglais, pour le coup, ce livre est celui dont la thèse est la plus puissante)

du côté New York Times, ça va plus vite, parce que j’ai pratiquement rien lu de leur liste, on y va quand même:

“The Arcades Project,” by Walter Benjamin (c malheureusement le seul livre de Benjamin cité, en fait je suis pas sûr que ce soit un philosophe si important que cela, n’empêche ça reste un auteur décisif pour moi)

“The Emperor of All Maladies: A Biography of Cancer,” by Siddhartha Mukherjee (c un livre récent absolument génial mais je me demande ce que ça fout là)

“Outliers,” by Malcolm Gladwell (idem, génial mais rien à voir avec Montaigne)

J’en profite pour indiquer ce que j’ai sur ma table de chevet ces temps-ci, outre un radio réveil et de l’aspirine:

– N. Krauss, La grande maison (le premier était tellement bien)

– C. Taylor, L’âge Séculier (j’en avais marre de citer taylor sans avoir rien lu en entier, ben là j’suis servi, chaque page me prend une demi journée)

– I. McEwan, Solaire (un des rares auteurs dont je peux dire que j’ai lu absolument tout) 

– R. Fresan, le Fond du ciel (un cadeau qu’on m’a fait, j’avais lu un entretien de cet auteur argentin, pas con le type)

– D. Brooks, social animal (le chroniqueur star du new york times, le début est un peu présomptueux, beaucoup même) 

– T. Harford, Adapt (livre d’un journaliste anglais économique sur un sujet que j’aime beaucoup : l’échec)

Non seulement ma table de chevet est grande, mais mes nuits sont courtes…

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s