Claude Alphandéry sur l’économie sociale

Je ne suis pas toujours tendre avec les tenants de l’économie sociale et solidaire à la Française. Confondant les questions de gouvernance avec celles d’orientation de l’activité, distinguant les organisations productives selon des critères qui n’en sont pas, mêlant choix politiques et décisions économiques, ils maintiennent souvent l’économie sociale dans un angle (mort) de l’économie et s’agitent pour de mauvais combats.

Mea culpa maxima donc ou exception raisonnable avec l’entretien accordé par Claude Alphandéry (dont on ne mentionnera pas ici le gentil sobriquet dont il est parfois affublé), vieux monsieur aimable et subtile, dans les Echos ce matin, et qui fait preuve d’une clarté et d’une lucidité qu’on ne prête pas spontanément aux militants de ce secteur.

Revenant sur la crise, il évoque certes une forme de « crise de civilisation » dont on peine vraiment à identifier la réalité. C’est moins la civilisation qui semble nous échapper que la figure de l’individualisme dans celle-ci (vaste et ennuyeux sujet je l’accorde). Ce qui importe plus, c’est la place qu’il accorde à une réflexion nouvelle sur la place du profit et son orientation. Ainsi qu’il l’écrit :

« Le profit est nécessaire, d’abord pour survivre, mais aussi pour améliorer son action. Le problème est de savoir comment on l’obtient et comment on l’utilise. La recherche d’un profit démesuré est une caractéristique de l’évolution du capitalisme. Et là, cela devient un élément destructeur, poussant aux délocalisations, au manque de qualité, à la désertification des campagnes… Le profit peut aussi être mal affecté. Je ne suis pas partisan de parts fixes, mais il doit y avoir des règles de partage entre la rémunération des actionnaires, l’amélioration de la qualité de vie des salariés et les investissements.  »

Je reviendrai un peu plus tard dans la journée sur cette question mais disons qu’il pointe là le vrai fond du problème.

Certes, il semble privilégier des formes d’organisation et de gouvernance qui semblent prendre le parti de la démocratie contre celui de l’efficacité économique, ce dont on peut assez légitimement douter. En termes de bien être général, ne vaut-il pas mieux retenir des formes de gouvernance qui sont les plus productives et les plus efficaces, tout en respectant un certain nombre de règles plutôt que de s’embêter avec des gouvernances « démocratiques » qui rendent trop souvent les organisations inertes et non réformables? Citer Romans, une fois encore, quand on observe l’incapacité du secteur coopératif dans son ensemble à rivaliser avec d’autres entreprises? Ne peut-il exister d’autres formes de capitalisme qui ne tombent cependant pas dans l’utopie collectiviste si prégnante dans le secteur de l’économie sociale?

Hormis cela, je retiendrai que, sur la contrepartie travaillée demandée aux bénéficiaires du rSa, Alphandéry n’y est pas opposé par principe, ce qui est une bonne nouvelle, mais qu’il en appelle à son bon usage, ce qui nous sauve des bêtises qu’on a pu lire à ce sujet par d’autres acteurs du secteur de l’ESS.

Bref, un point de vue clairvoyant dans l’ensemble sur l’état du capitalisme et sur sa possible évolution. Vaut une petite lecture.

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