Crise de la jeunesse, ouie !

Nicolas Baverez signe un édito dans LeMonde Economie qui ne manque pas d’aplomb. Le problème de la jeunesse serait un problème de marché du travail et un problème de finances publiques. Soit. On ne contestera pas que le taux de chômage parmi les jeunes actifs européens, même si on peut mégoter sur les modes de calcul de ce dernier (un étudiant est-il un actif, patati patata), constitue un motif d’inquiétude, légitime, pour ne pas dire une raison de flipper grave sa race, comme dit l’autre.

Croire en revanche que ce serait là, doublée d’une hausse des déficits, la principale raison du mécontentement de la jeunesse, dont je suis par ailleurs, manque carrément sa cible.

Non pas qu’il ne faille admettre que la génération « M », pour millénaire, a bien plus de souci à se faire que leurs parents, elle pourrait en revanche tout autant se féliciter des progrès de la médecine, de la réduction de la pauvreté, de l’allongement de la durée de vie, des possibilités d’internet et, pourquoi pas, du dernier clip de Lady Gaga. Pourtant, elle semble non seulement inquiète, mais plus encore déboussolée.

Je ne serai pas celui qui fait de la psychologie là où il n’y a pas lieu, certainement pas. Pourtant, plutôt que « M » comme merdique, on peut considérer que notre génération est franchement « D », comme déprimée, désolée, déçue, dépitée, démoralisée, défaite. Pas compliqué à comprendre pourquoi. Notre réalité est faite de possibilités ouvertes mais inaccessibles. Internet nous ouvre le monde et l’humanité entière et pourtant on ne s’est jamais senti aussi seul, les possibilités d’ascension sociale sont sans limites ou presque (ou passe de rien à la fortune en créant un machin qui s’appelle facebook) mais non seulement l’ascenseur est en panne mais, de toute manière il est plein de la génération précédente, bien décidée à n’en pas sortir. Les promesses sont innombrables, leur réalité improbable. Tout ceci est décidément tordu et tout se passe comme si l’horizon, dégagé, n’était qu’un mirage. Mirage d’internet se substituant à de vrais relations, mirage d’un possibilité de changer le réel quand c’est le réel qui nous pèse.

On peut donc toujours expliquer la « crise de la jeunesse » par des facteurs économiques, voire macroéconomiques, la réalité de certaines situations vécues (je ne voudrais pas ici mettre toute une génération dans un même sac, fut-il troué) dévoile des motifs d’inquiétude qui tiennent plus de la déception que d’autre chose.

Face à cela, il faut admettre que les pouvoirs politiques sont tristement aphones, préférant la rhétorique de la compassion à celle du changement.

Pour se consoler, on regarde un documentaire de la BBC sur la EasyListening, ça n’a rien à voir mais ça nous relaxe…..

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s