L’impact d’une assurance santé pour les plus pauvres

Le NBER, un organisme publiant des études économiques dont on abandonne la lecture sitôt la première équation apparue, et il y en a beaucoup, vient de rendre public un papier tout à fait intéressant sur l’impact d’une assurance santé pour les plus pauvres.

L’étude se base sur les résultats d’une expérimentation sociale (dans sa forme randomisée) qui s’est déroulé dans l’Etat de l’Oregon. Concrètement l’Etat n’ayant plus les moyens de payer une assurance pour les plus pauvres (il s’agit du dispositif Medicaid, dont j’ai déjà parlé ici), il a donc fait le choix de la proposer à certains et d’en exclure d’autres. Tout ceci s’est en revanche fait sous contrôle scientifique afin d’en évaluer l’impact.

Contrairement à ce que l’on raconte souvent, les pauvres aux Etats-Unis peuvent se faire soigner et les établissements de santé ont l’obligation de les recevoir. Cependant, leur recours au système de soins est souvent très dégradé et la qualité des soins souvent primaires. Pis, les établissements sont tentés d’adopter des stratégies pour dissuader les bénéficiaires du medicaid d’accéder à leurs services, un peu dans le genre de ce que font certains professionnels français lorsque vous précisez que vous êtes à la CMU.

Pour une fois donc, les Etats-Unis disposent d’éléments scientifiques, de preuves, pour connaître l’impact d’une assurance sur le comportement des individus et les résultats sont absolument frappants. Non seulement les personnes avec une assurance sont en meilleur santé mais en outre, ils adoptent des comportements plus favorables à leur santé.

Ceci démontre, par delà toute option politique ou idéologique, le caractère utile et préférable d’un système de santé offrant une assurance « universelle ». Eclairant aux Etats-Unis, ces enseignements le sont aussi pour les pays européens ou certains Etats s’interrogent, et c’est légitime, sur le rapport coût-bénéfice des larges systèmes d’assurance sociale.

En France, où nous jouissons d’un système de protection sociale formidablement généreux, ceci devrait modestement plaider en faveur d’une pression sur l’offre de santé plus que sur la demande de soins. Ce serait faire un mauvais procès que d’affirmer le contraire et les récentes annonces de l’assurance maladie relativement aux nouvelles économiques recherchées indiquent clairement qu’à droite comme à gauche, on ne semble pas prêt à renoncer au caractère universel de notre système de santé. C’est une chance.

Dernier point, voilà comment l’expérimentation sociale peut être intelligemment mise à profit de la décision publique. Rien ne sert de s’astiquer le bourichon (pratique très courante chez certains) en prétextant que l’expérimentation sociale est bien parce qu’elle est scientifique, elle ne s’impose que lorsque la question posée laisse résolument dubitatif quand à sa réponse et que les arbitrages emportent des conséquences potentiellement lourdes pour les gens, comme pour les finances de l’Etat. Donc, cela ne sert à rien de mobiliser l’expérimentation sociale quand la question est mal posée ou que les deux options sont trop proches….

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Une réponse à “L’impact d’une assurance santé pour les plus pauvres

  1. Pingback: Pauvres ignorants « Morgan Poulizac·

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