Emmanuelli démissionne, et alors

Il est toujours tout à fait dommage qu’une personnalité compétente et charismatique quitte la présidence d’une organisation telle que le Samu social, dont l’utilité, à défaut de pouvoir en dire autant de son efficacité (faute d’éléments) est incontestable. Plutôt cependant que de me glisser dans le concert des reprises bovines de la presse, profitons en pour en place une ou deux.

Malgré son halo d’indépendance, le Samu social est principalement financé par l’Etat, c’est même, quoique qu’on en dise, grosso merdo une délégation de service public. Ce genre de polémique rappelle à juste titre un paradoxe de l’action sociale en France où les acteurs bénéficiaires de l’argent public sont aussi en charge d’exercer le contre pouvoir vis à vis des pouvoirs …. publics.

Franchement, même s’il peut énerver, mieux vaut avoir à la tête d’une institution telle que le Samu social une personnalité du calibre d’Emmanuelli plutôt qu’un fonctionnaire fadasse et triste. La création de ces organisations extra-administratifs ne trouvent d’ailleurs leur utilité que si elles savent justement se distinguer des seules logiques administratives.

Pourtant, deux ou trois choses. Verrait-on le même bonhomme débarquer par son conseil d’administration pour n’avoir pas atteint ses objectifs, pour avoir laisser se dégrader la situation des sans abri dans la capitale malgré les tombereaux de pognon qui y est consacré qu’on y verrait, j’en suis sûr, la marque d’un proto-fascisme rampant. Quand, en revanche, le président prend la liberté de démissionner quand on lui sucre des budgets (est-ce cependant si net), que cela devient tout de suite un acte de bravoure politique.

Dans d’autres pays, les présidents et directeurs de ce type d’organisation ne jouissent pas d’une telle latitude et s’ils merdouillent, il ne faut pas longtemps pour que les membres du CA vide les responsables, sans vagues.

De plus, on voit se multiplier les nominations, heureuses, de personnalités de tout premier plan à la direction et à la présidence de ce type d’organisation. Cela tend à « politiser » davantage des organisations auparavant ectoplasmiques et cela est bon pour la vitalité de l’action sociale française. Cependant, ces nominés tendent à se prévaloir de cette autonomie pour mordre la main qui les nourrit, menaçant de démissionner, le tout en se parant de la vertu nécessaire pour rendre leur « pincement au coeur » incontestable. Emmanuelli n’est pas le premier et cela devient franchement pénible. En cela, Emmanuelli a la cohérence de ses opinions et s’en va.

Cette tendance est profondément gênante (voir le dernier rapport du médiateur de la république, les états d’âme d’autres présidents d’agences publiques….). Il ne faudrait pas transformer une autonomie d’action conquise et bénéfique avec le droit d’être simplement vertueux, ne les rendant ni comptables de leur échec, ni responsables de leur boutique face à leur patron, l’Etat. L’impeccabilité grotesque de certains plaident pour réintégrer ce type d’agence au sein de l’appareil public et ainsi se dispenser des sorties des divas, ce serait vraiment dommage.

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