Lecture : Adapt, Why success always start with failure de Tim Harford

Le livre, Adapt, remporte un certain succès ailleurs, au point de qualifier son auteur, Tim Harford, de Malcom Gladwell anglais, sacré compliment de fait, suffisant au moins pour que j’achète le livre.

Une raison supplémentaire de le lire tenait à son sujet même : l’erreur, l‘échec et comment celui-ci est une composante essentielle de l’action humaine. S’il existe en effet pléthore de livres, de conférences et d’experts pour nous « apprendre comment réussir », il n’en va pas de même lorsqu’il s’agit d’apprendre à échouer, ce en quoi nous sommes pourtant plus doués qu’il n’y paraît.

Le livre appartient à ces bouquins anglais bien fichus parce qu’écrits avec la bonne main, correctement documentés et soucieux d’avoir une forme d’utilité. Le genre en tant que tel n’existe pas vraiment en France, lui préférant la somme pesante vendue 300 exemplaires (dont 50 à ma mère) ou le livre tellement inspiré qu’il lui manque le travail nécessaire à sa compréhension. Passons.

Ce genre de livre a les limites de ses qualités : curieux, il pioche autant du côté de l’économie que de la psychologie ; narratif, il se nourrit de faits divers, d’histoires pour éclairer une thèse originale.

Celle-ci ne l’est pas tout à fait mais n’en demeure pas moins éclairante. Nos sociétés ont désappris à donner toute sa valeur à l’échec et elles préfèrent s’enfermer dans des schémas illogiques où l’erreur n’est qu’accidentelle, donc toujours réparable. Guerre en Irak, crise financière, faillites d’entreprises, lutte contre la pauvreté, il n’est pas un domaine de la vie humaine où l’incapacité à admettre l’erreur et à en tirer profit débouche sur des catastrophes.

On relèvera au passage un développement pas stupide sur l’utilisation de l’expérimentation sociale dans les projets d’aide au développement, autrement dit d’Esther Duflo, qualifiée joliement de « randomista » dans le livre.

La limite du livre est bien sûr de se contenter d’effleurer les sujets, de les prendre dans leur aspect journalistique sans aller au-delà de l’anecdote, quitte à l’occasion à pomper un peu lourdement d’autres auteurs sans les citer (le développement sur l’erreur dans la science est assez clairement inspiré du récent livre de Steven Johnson sur les innovations scientifiques).

Au final, on lit tout ceci comme un bon papier de The economist, avec curiosité et plaisir, on regrette cependant qu’il ne soit fait davantage place aux conséquences d’une reconsidération de l’erreur dans nos comportements individuels (si l’erreur est nécessaire, pourquoi considérer qu’elle est la marque de la médiocrité) et, surtout, sur la manière d’organiser l’action publique (si l’erreur est une composante de l’action, pourquoi ne pas systèmatiser l’expérimentation de toute politique publique).

On pourra cependant parcourir le livre sans gêne et sans honte, c’est bien troussé et correctement fait.Cependant, on peut aussi regarder la petite conférence que l’auteur a donné il y a quelques semaines à TED, en 20 minutes, on a compris à peu près l’essentiel.

 

 

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