La crise de l’hébergement d’urgence – Housing first

Les médias étant ce qu’ils sont, pas facile de comprendre quoique ce soit à la récente démission de Xavier Emmanuelli. Les associations bourrent le mou, c’est leur job, en dénonçant « l’abandon des pouvoirs publics », « une diminution des moyens » qui ne permet pas d’apporter des réponses à des « besoins croissants ». Qu’on se rassure, la rengaine est la même depuis dix ans. De l’autre côté, un ministre, mal conseillé, lance à qui veut l’entendre qu’il a une solution à tout cela et que cette solution s’appelle le Housing First, vive les conseillers des cabinets ministériels qui n’ont jamais mis les pieds dans une association.

Ce qui se joue, si on met de côté la diminution, réelle, des ressources publiques (eh oui, l’Etat est pauvre), c’est une évolution de fond dans la manière de concevoir les politiques publiques à destination des sans-abris et ça ne fait pas que des heureux.

Pour aller rapidement, face à une population de jeunes adultes, à la rue de façon plus ou moins chronique, à une population de grands marginaux, qui sont avant tout à la recherche d’un abri ponctuel et ensuite seulement d’une insertion sociale, le dispositif français d’hébergement d’urgence a longtemps été plutôt adapté.

Aujourd’hui pourtant, la population des sans-abri, prise au sens large et selon la définition adoptée par la fédération européenne du sans abrisme, la Feantsa, c’est à dire recouvrant non seulement les clodos mais aussi les mal logés, est extrêmement diversifiée. Elle s’est féminisée, familialisée, elle est composée de beaucoup d’étrangers, mais aussi de personnes souffrant de troubles psychiques, de maladies et de toxicomanie, elle peut avoir des chiens, bref, elle ne correspond plus au modèle avec lequel on a conçu les dispositifs d’hébergement d’urgence.

Par conséquent, les CHRS et les autres structures d’hébergement d’urgence, ne répondent que très partiellement aux besoins de ces personnes mais constituent toujours une part prépondérante des financements des associations. Il faudrait donc réformer les modalités d’accueil de ces populations mais on se heurte alors à l’inertie puissante des associations qui détiennent là une rente.

De l’autre côté, le ministre a dû recevoir sur son bureau une note qui lui indique que la tendance actuelle des pays en pointe dans la lutte contre le sans abrisme est de mettre en place des politique de « logement d’abord », ce qui se dit en jargon du « housing first ». Il s’agit en l’espèce de proposer très vite à certains types de population un logement adapté plutôt que de les faire patienter dans le circuit des hébergements d’urgence.

Le dispositif a été testé dans plusieurs pays, notamment aux Etats-Unis et en Finlande et donne des résultats encourageants pour plusieurs types de populations. Pour les familles et les personnes auxquelles il manque principalement un logement pour s’insérer, c’est évidemment la seule solution valable. Le housing first a cependant également un impact positif pour certains sdf, moins pour leur réinsertion que pour l’amélioration de leur condition de vie et de leur santé. Le housing first n’a cependant pour le moment pas démontré son efficacité pour les grands exclus, qui souvent ne supportent pas d’être « enfermés » dans un appartement ou les personnes qui sont à la rue de façon erratique.

Le ministre a donc raison de plaider pour centrer l’effort sur la mise à disposition de logements, adaptés et suivis plutôt que sur des hébergements d’urgence qui n’apportent strictement aucune solution si ce n’est de traiter l’urgence. Il a en revanche tort d’agiter le housing first comme une solution miracle au problème du sans abrisme, c’est mal communiqué, insuffisamment pensé et pas contrôlé. De leur côté, les associations ont évidemment raison de demander davantage de moyens (c’est pas forcément justifié mais c’est légitime) mais elles ont tort de refuser d’évoluer pour s’adapter aux nouveaux besoins de la population qu’ils sont censés prendre en charge, et tant pis si certaines associations doivent disparaître ou réallouer leurs moyens au final.

S’il n’est pas question de remettre en cause la bonne volonté de ces dernières, une rapide comparaison avec le travail qu’accomplissent d’autres organisations en Europe pour des résultats similaires et à moindre prix, fait vraiment froid dans le dos.

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