Ces classes moyennes qu’on écrase

Rituel ou pas, le classement des personnalités préférés des Français publié par le JDD me fait à chaque coup froid dans le dos.

Admettons une seconde qu’il reflète une forme d’idéal individuel, la projection de ce que les individus considèrent comme une vie réussie :  le malaise éprouvé se transforme alors en cauchemar éveillé. Il s’agit évidemment d’un classement basé sur une moyenne, fondé sur le type moyen, c’est donc l’expression d’une représentation moyenne elle-aussi.

Thomas Friedman, le chroniqueur du New York Times, à qui il arrive encore de ne pas écrire que des âneries, signe ce week end une tribune curieuse et un peu hâtive mais qui vaut quand même qu’on s’y arrête.

Il souligne le paradoxe, qui n’en est pas un, que les révoltes des jeunes gens un peu partout dans le monde, sont le produit d’une société « globalisée » qui a parfaitement intégré l’usage des nouvelles technologies et plus particulièrement l’utilisation des réseaux sociaux. Mais que pourtant, au même instant, cette célébration des nouvelles technologies est aussi leur malheur puisqu’il en résulte une marché du travail où le niveau de compétences et le degré de qualification sont de plus en plus exigeants.

Un certain nombre d’économistes américains, dont David Autor du MIT, ont assez clairement expliqué que le marché du travail américain et, grosso modulo celui des principales économies développées, étaient en train de connaître une polarisation sans précédent entre les individus, faiblement nombreux, capables de tirer professionnellement profit de la maîtrise des nouvelles technologies, et la masse des autres, condamnés aux jobs peu qualifiés, quand il y en a encore.

La jeunesse qui manifeste, à grands coups de twitt, découvre progressivement que leur addiction aux nouvelles technologies signe aussi leur difficulté à accéder au marché du travail. Le raisonnement passe un peu vite mais vaut déjà pour ce qu’il est.

A cela s’ajoute une série de phénomènes qu’on peut qualifier de « fin de la classe moyenne ». Que faisait traditionnellement nos classes moyennes : occuper des emplois industriels qualifiés, ces jobs sont partis depuis belle lurette vers le continent asiatique; occuper des fonctions dans le tertiaire, tout ceci a été mécanisé, informatisé; occuper des postes dans la fonction publique, les Etats sont fauchés et ça n’est pas prêt de s’arranger. Que leur reste-t-il ? Pas grand chose à dire vrai, sauf peut-être à planter sa tente sur les places des grandes villes.

On s’étonne par suite que les discours politiques soient à ce point indifférents à ce changement considérable dans l’organisation économique de nos pays et qu’on préfère cultiver en vain une lecture nationale des problèmes sociaux (voir à ce titre l’inquiétant entretien de Martine Aubry dans le JDD qui ne semble pas être mesure de se sortir de ce schéma) plutôt que de réfléchir aux transformations rendues nécessaires :  admettre que les sources de croissance ne sont plus nationales mais globales, que les formes de protection sont locales et non nationales. Tout ceci n’est pas évident sans doute et les changements qu’elles induisent pas faciles à imaginer mais bon, c’est toujours plus stimulant que le classement du JDD.

 

 

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