L’entrepreneuriat face à la crise

La récente traduction en français du livre de Ayn Rand, Atlas Shruged (malheureusement traduit par « la grève ») vaut plus par le symbole que pour son intérêt littéraire (inversement proportionnel à la taille dudit livre – 1000 pages).

Ayn Rand est une philosophe et écrivain qui n’a pas tant marqué l’histoire des idées par ses livres que par ses théories, appelées libertarienne (voir le bon livre de Sébastien Caré à ce sujet). Cette utopie libérale, beaucoup subtile qu’une première approche pourrait portée à croire, entendait faire de l’intérêt personnel et de la capacité d’entreprendre l’idéal de réalisation humain, l’intérêt général étant au mieux inutile, au pire nuisible.

On aurait tort de considérer que de telles idées ne valent que pour un pays de cow boys et, depuis peu, revient, au bénéfice de la crise, un discours sur la nécessaire revalorisation de l’entrepreneuriat pour sortir du chômage de masse et renouer avec la croissance.

Dans un bon papier, E. Glaeser, l’auteur du récent livre « le Triomphe de la ville » et par ailleurs un des économistes les plus stimulants aujourd’hui, souligne l’importance de l’entrepreneuriat pour stimuler les économies et leur permettre de redémarrer. Il y a souvent un léger malentendu sur cette question, malentendu qui nous conduit parfois à repousser ce genre de proposition.

D’une part, la capacité à entreprendre ne signifie pas nécessairement qu’il faille que nous nous mettions tous à créer des start up. Comme le montre un journaliste du New Yorker, il n’est pas évident qu’aujourd’hui Small soit, en plus d’être beautiful, efficace. C’est même plutôt l’inverse qui se révèle, du moins en termes de niveau de productivité.

Ce qui est en revanche à peu près certain (c’est du moins ce que raconte ceux qui font de l’économie), c’est que nos économies ont un réel besoin de nouvelles entreprises et que c’est bien souvent là que cela pêche. Il n’y a en fait vraisemblablement rien à attendre des très grandes entreprises en ce qui concerne la création de nouveaux emplois (l’heure est plutôt à savoir comme protéger ceux qui existent déjà), il faut donc que de nouvelles se créent.

C’est là que perdure un second malentendu. L’entreprise, la vraie, ne pourrait être l’oeuvre que d’un entrepreneur solitaire, dépositaire d’une idée géniale, héros de son propre talent. La encore, les faits résistent et il s’avère que les grandes entreprises (y compris celle de la pomme), sont souvent le résultat de coopération entre plusieurs individus, d’interaction entre une activité et son territoire (c’est une autre grande idée de Glaeser) et d’un encadrement judicieux des pouvoirs publics.

Conséquence, l’entrepreneuriat, certes, mais le libertarianisme, sans doute pas.

Une réponse à “L’entrepreneuriat face à la crise

  1. Excellent petit papier mon Morgan. Comme très souvent
    Une faute : « pourrait portée »
    Pour le reste, Ayn Rand est une folle adulée par une secte de dingues.
    Reste que – sur le fond – nombre de libertariens sont des gens formidables.
    Oui

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