Réforme du capitalisme ?

Terra Nova, aux productions inégales mais louables, vient de remettre un rapport sur les hautes rémunérations ou comment les limiter (cela va sans dire). Outre une synthèse actualisée sur certains faits stylisés et statistiques utile et bien fait comme un rapport public, relatifs notamment à la distorsion observée dans la répartition des rémunérations depuis une vingtaine d’année, on y trouve, c’est là son intérêt, quelques propositions de réforme.

Nul doute que l’idée de limiter de manière autoritaire les plus hauts revenus est à la fois peu faisable mais encore moins souhaitable. Le rapport est à ce titre judicieusement nuancé.

En revanche, l’idée d’introduire une taxation marginale conséquente sur les très hauts revenus est sérieusement documentée (on peut lire en complément le bon papier de Piketty et Saez sur la question) même si une telle option pose d’inévitables questions sur la capacité des pouvoirs publics pour mettre la main sur les revenus excédant les différents seuils.

La philosophie générale du papier, louable, consiste à considérer l’action publique comme un outil suffisant pour résoudre le nœud de ces rémunérations extravagantes. De manière moins convaincante cependant, la contribution tend à sous-entendre une corrélation entre hausse des plus fortes rémunérations et accroissement des dépenses sociales, ce que les auteurs se gardent bien d’objectiver, préférant ici un syllogisme un peu facile du genre « si les salariés étaient mieux payés, on pourrait réduire les dépenses sociales ». Pourquoi pas?

Ce qui est certain, c’est que la situation actuelle est certes le fait de quelques vilains grands patrons (et des footbaleurs évidemment) mais plus vraisemblablement de l’apparition d’une classe de travailleurs de la finance qui ont pour le coup vu leurs rémunérations explosés au cours des dernières années (comme le soulignent les travaux de T. Philippon).

Pour le reste, on peut douter de l’efficacité d’introduire de nouvelles règles type « code de conduite », ils n’ont généralement que la vertu d’égayer les soirées mondaines ou de faire travailler des cabinets de conseil sans être jamais suivis d’effet.

Il y a bien sûr un enjeu autour des formes de gouvernance de l’entreprise et on sait que l’autonomie des comités de rémunération vis à vis des conseils d’administration et plus encore des assemblées générales d’actionnaires ont été un puissant facteur de hausse des rémunérations ces dernières années et qu’inversement le capitalisme à l’allemande ou du moins leur mode de gouvernance, ont été d’importants leviers de modération salariale et d’efficacité économique. Il n’est pas une semaine sans qu’une nouvelle proposition de réforme de la gouvernance ne sorte dans les journaux, pourquoi pas, encore une fois.

Manquent encore, comme souvent, une capacité toute française à se comparer (ce qui revient souvent à se rendre compte qu’il y a bien pire chez nos voisins), une difficulté à s’extraire d’une appréciation morale matinée d’une certaine hostilité vis à vis de l’entrepreneuriat, de traiter, même si ici une ligne y est consacrée, à certaines rémunérations dans le secteur public, qui comptent aussi, faut-il le rappeler ses hauts revenus et de clairement poser la question de l’acceptabilité sociale de ces écarts de rémunération, autrement dit de clairement reposer la question de la responsabilité individuelle dans cette affaire.

l’entreprise n’est certes pas aisée, et des mesures techniques sont toujours bienvenues (quoique de portée limitée), elle consisterait cependant à essayer de déconstruire fondamentale les mécanismes de marché pour comprendre les raisons pour lesquelles ce système économique en est arrivé à de telles dérives. Signalons cependant l’apport intéressant, quoique difficile à lire dans les transports publics, d‘André Orléan sur les signaux de marché et du grand Karl (pas Marx mais Polyani) dans sa tentative de mettre à plat les fondements de la société de marché dans la nouvelle parution de son ultime ouvrage, au titre si bien fichu, « la subsistance de l’homme ».

J’aimerais bien qu’on m’indique enfin le niveau de rémunération qu’on considère comme acceptable, ce serait sans doute une question à poser aux sympathisants de Terra nova, cela réserverait sans doute quelques surprises cocasses..

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