Charles Murray, la nouvelle Amérique et ce que cela annonce

D’emblée, on peut dire que d’une part je n’ai pas encore le livre dont il est ici question, Coming Apart, et que je n’ai fait qu’en lire un large extrait et les commentaires qui ont suivi sa publication. Que d’autre part, je ne suis pas expert de la pensée libertarienne, même si ces derniers mois, leurs thèses (à travers notamment la candidature de Ron Paul aux primaires républicaines) se sont à nouveau fait entendre.

En revanche, quiconque regarde un peu les débats intellectuels anglo-saxons n’aura pas manqué de remarquer le buzz suscité par la parution du nouvel opus de Charles Murray. La thèse, s’il fallait la résumer, est que la société américaine connaît depuis les années 1960 une progressive dislocation entre une nouvelle élite et les pauvres. Pour être plus précis, qu’il n’y aurait pas même une crispation de classes sociales les unes contre les autres mais une irréductible opposition qui irait même jusqu’au divorce le plus complet.

Selon Murray, cette division de la société expliquerait les phénomènes d’occupy Wall Street mais également l’engouement pour le mouvement Tea Party et plus généralement un durcissement de la polarisation de la vie publique et politique américaine.

Il ne s’agirait pas seulement de niveau de vie ou de coutumes, cette division affecterait également le rapport à la culture, au mariage, à la religion. Murray observe notamment comment les nouvelles élites sont davantage en couple, fréquentent plus l’église et bien sûr jouent à fond le jeu de la reproduction sociale. Il existerait désormais une indifférence des classes supérieures pour les classes populaires, confortée, c’est une thèse majeure des libertariens, par des politiques publiques qui leur permettent de ne plus se préoccuper du sort des classes populaires puisque des dispositifs sociaux ont pris le relais. Ce ne sont pas les rapports économiques, en résumé, et notamment pas l’accroissement des inégalités qui expliquent l’état de la société américaine, c’est le détournement des classes populaires vis à vis des normes sociales (mariage, religion…) qui justifient leur déclin.

Il en résulte donc une société dans laquelle un groupe, plus large que les 1% (plutôt 20%), qui non seulement détient une large part des actifs, des postes de décision et du pouvoir économique, mais qui n’éprouve plus aucun intérêt à se poser la question du type de société dans laquelle il vit et un l’autre, grosso modo les 30% se trouvant en bas de l’échelle, qui se débattent sans grand avenir.

Cette thèse, un peu hâtivement résumée ici, suscite d’infinis commentaires aux Etats-Unis, certains élogieux (David Brooks étonnement dans le New York Times) d’autres plus critiques (ça va sans dire).

Il faudrait au moins lire le livre pour en tirer la moindre conclusion. On peut cependant relever qu’en France, le débat reste puissamment positionné sur la question et l’avenir des classes moyennes, dont on voit de moins en moins ce qu’elles recouvrent (quitte à choisir, retenons la définition de Maurin, c’est à dire 30% de la population), en considérant qu’elles constituent le pivot de la société sans s’interroger, au même évoquer, si ce n’est sous la double forme du riche et du pauvre, s’il existe dans la société française les germes d’un clivage irrévocable entre les deux classes extrêmes. Marine Le Pen semble clairement adopter cette lecture de la société, et si on constate qu’à travers l’échec de la campagne occupy WS en France, une représentation clivée de la société ne semble pas emporter l’adhésion, on aurait tort de ne pas imaginer qu’elle est hors champ.

 

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