La lutte des classes en ville

Allégorie de la composition gouvernementale – ils vont se pisser dessus

Signe des temps, la glorieuse New York Stern University vient de créer ce qu’on nommerait par ici une chaire consacrée à l’économie des villes. Point de gouvernance donc mais du pognon, de la sueur et du béton. Paul Romer a été débauché pour l’occasion de l’université de Stanford où, entre autres curiosités, il avait élaboré un nouveau type de ville, appelé « Charter cities« . Ces villes, comme leur nom ne l’indique pas, ne sont pas low cost mais consiste à privatiser un bout de territoire d’un pays pauvre afin d’y imposer les règles de pays plus développés. Autrement formulé, créer des villes riches dans des pays pauvres. La formule fait flores et il semble que certains pays, dont le Honduras, serait en passe de mettre en application cette franche utopie.

Le point ici n’est guère de discuter les avantages, inconvénients d’une telle formule : l’exemple indien d’émergence de villes parfaitement privatisées laisse percevoir les éventuelles menaces d’un tel régime et il faut faire crédit à Romer d’avoir une conception nettement plus subtile des charter cities.

L’occasion est néanmoins donnée de mentionner le lien très étroit entre les villes, sous toutes ces formes et les évolutions du système économique et politique. Nul doute que les succès de certains ministres du prochain gouvernement français (je pense notamment à ceux de Paris, Nantes et Evry) à la tête de leurs villes respectives est un indicateur supplémentaire que la ville est désormais emblématique et suffisant pour faire la démonstration de sa capacité à gouverner. Inutile de montrer que la crise économique récente ici et là-bas, les tensions politiques ici trouvent une de leurs origines dans les transformations de la ville, qui se paupérise là, s’étale ailleurs (cf le vote truc much dans les zones périurbaines lointaines).

Nul doute aussi que la résolution de la crise trouvera aussi sa source dans la capacité des villes à recréer des emplois, attirer des talents, être créatives et vivables (cf les analyses de Glaeser sur le sujet, citées à l’envi par ici). La ville est devenue une zone de guerre, y compris entre classes (ça ne plaira pas à tout le monde). C’est d’ailleurs le thème du dernier livre du plus vieux géographe marxiste (oui ça existe encore) qui vient de donner une conférence à la LSE pas inintéressante du tout (ça dure un peu longtemps tout de même).

Il ne serait pas inutile de créer un vaste ministère de la ville, dont la principale fonction serait de pas emmerder les maires (les territoires ruraux seraient placés dans le même portefeuille que la dépendance, ces sujets auxquels on fait semblant de s’intéresser, qui coûtent chers et dont on s’occupe uniquement en période électorale).

En attendant, puisque le futur conseiller économique du président entend redresser la France de manière juste sans sentir le ridicule de professer cela après avoir pantoufler dans une banque d’affaires, moi je vais postuler comme conseiller spécial au cabinet du ministre des sports, en charge du jogging, du rodéo sur cochon et des troisièmes mi-temps.

Pour se détendre, voici en exclusivité la bande son du premier séminaire intergouvernemental.

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