Croissance verte

Le concept de « croissance verte » est de ceux qui suscitent une immédiate sympathie tout en sachant qu’il relève sans doute de l’hypocrisie. Le sommet de Rio est l’occasion de voir paraître un très volumineux ensemble de rapports (voir notamment celui des nations unies), policy brief tendant à démontrer l’utilité de concilier politiques de croissance et protection de l’environnement. La tentative est heureuse même si en guise d’arguments, on se contente trop souvent d’enfiler des exemples, case studies dit on pour faire chic, certes remarquables mais qui sont généralement soit non transposables, soit économiquement peu soutenables, ou pire encore, le simple résultat de massives subventions d’organisations internationales en mal de démonstration.

Comme à son habitude, The economist signe un papier futé et bien documenté sur la question. Débutant par l’exemple désormais fameux de l’investissement écologique consenti par les producteurs de fleurs kenyans en faveur du développement d’une agriculture responsable afin de protéger l’environnement nécessaire à leur business, l’article se poursuit en posant clairement les termes d’un débat en cours. La « croissance verte » est désormais le mantra de très nombreuses organisations internationales. L’idée est de contrecarrer l’inclinaison naturelle des pays peu développés ou en voie de développement de satisfaire leur besoin de croissance au prix d’une consommation effrénée de leur capital environnemental, et que, tant que le pays est capable de produire de la richesse, des emplois, nul n’a d’intérêt à préserver l’environnement. Des calculs complexes cherchent à montrer qu’à trop le négliger, c’est la croissance même qu’on handicape. On considère ainsi que la dégradation environnementale chinoise coûte 9% de PIB à la Chine, que les conditions sanitaires et la pollution de l’eau ponctionne 6% du PNB à l’Inde mais ces calculs sont souvent sujets au doute et qu’ils pèsent peu quand des millions de personnes semblent bénéficier d’un rythme soutenu de croissance.

On sait que ce phénomène induit des coûts et des dommages dans les pays développés également et que des décisions politiques, notamment concernant le développement urbain peuvent elles-aussi entraîner une exposition au risque climatique accru. A ce titre, on cite souvent le lien existant entre la densité des villes et la consommation d’énergie. Le schéma ci-dessous est parlant, même s’il est désormais assez largement battu en brèche.

Un nouveau papier du Journal of american planning association, Growing cities sustainably, conteste assez clairement la thèse, simpliste, qu’il suffirait de construire dense pour augmenter la soutenabilité des villes, responsables, comme on sait, d’une part non négligeable du réchauffement climatique (avec la digestion des bovidés évidemment). Là encore, on sent qu’il y a pourtant une nécessité, assez tordue cependant, d’imposer un nouveau type de discours, un nouveau paradigme, quitte à malmener l’objectivité des faits. Ainsi, l’Ocde vient-il se signer un bon rapport sur le concept de Compact city, ou comment la ville dense est bonne pour la croissance, l’environnement et le bien être. C’est certes intéressant et il y ait question de bottom-up (le concept le plus vicieux du monde académique) mais on reste sur sa fin.

Ce qui ressort cependant de tout cela, il y a quand même du bon dans cette imposante littérature, est qu’il ne sert à rien de réfléchir à 50 ans, comme bien souvent les environnementalistes le prétendent. Un rapport récent de la banque mondiale sur le concept d’inclusive green growth (Inclusive_Green_Growth_May_2012) (encore!), a le mérite de sortir d’un discours un peu niais tendant à promouvoir des idées générales sur le fait que « puisque l’environnement est précieux, il faut donc le protéger et qu’il est même possible qu’agir ainsi peut avoir un impact positif sur la croissance, le tout en introduisant un peu de bottom up et de gouvernance ». Ce rapport, assez peu digeste par ailleurs, suggère qu’il est possible de construire des politiques publiques qui poursuivent deux objectifs à la fois : ne pas injurier l’avenir environnemental et ménager les populations les fragiles. Autrement dit qu’il importe déjà de corriger les politiques les moins efficaces (genre les subventions publiques inutiles, les programmes sociaux inefficaces et toutes ses mesures avancées par de trop nombreuses ONG qui promettent l’idéal sans traiter le réel).

Retour donc au principe de réalité, ce qui est plutôt rassurant.

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