politiques publiques de lutte contre la prostitution

Abolir la prostitution, c’est un peu, toute chose égale par ailleurs, comme abolir la pauvreté, difficile de ne pas considérer que cela puisse être un objectif louable pour un gouvernement. On s’étonne juste qu’on puisse encore gouverner par injonction, sauf, évidemment, à ne pas craindre de décevoir, ce qui arrive immanquablement.

Nul doute que le trafic humain, sous quelque forme que ce soit, est condamnable, on voit cependant que le débat sur la prostitution est sensiblement plus complexe.

Distinguons pour commencer (et ce n’est pas rien) la prostitution subie et la prostitution volontaire. On peut discuter indéfiniment du choix réel ou non de se prostituer volontairement, on aura cependant toutes les peines à trancher ce qui ne cesse par ailleurs de se développer (internet a aussi transformé ce secteur d’activité), souvent dans des conditions peu tolérables. Passée donc l’indignation, il faut donc raisonner en trois temps. Comment réprimer la prostitution involontaire et liée au trafic de femmes et d’hommes – ce qui fait l’unanimité (1), comment organiser les conditions telles qu’on réduise ou encadre la prostitution volontaire – ce qui est sujet à discussion, pour des raisons morales plus que politiques mais qui appelle une action publique (2), comment abolir la prostitution – ce qu’on peut ne pas souhaiter ou considérer comme étant peu réalisable mais qui reste après tout un objectif louable (3).

Les Etats ont adopté des stratégies souvent variables et souvent au hasard du Zeitgeist plus que d’une approche objectif de l’efficacité publique.  On agite souvent l’exemple suédois, désormais suivi par l’Islande, la Norvège et d’autres et consistant non seulement à interdire la prostitution mais aussi à poursuivre les clients plutôt que les prostitués. Il est vrai que cette option a considérablement réduit la prostitution visible dans la rue mais, d’après les données du même rapport cité par les partisans de cette option, on ne sait pour ainsi dire rien de la demande et de l’offre réelle ailleurs que dans la rue, ni même de l’évolution du trafic humain dans ces pays. En gros, la prostitution est moins visible mais rien ne dit qu’elle n’existe pas toujours, plus cachée et donc moins facile à contrôler.

L’autre exemple emblématique souvent cité est le cas de l’Espagne qui a depuis peu autorisé la prostitution, en souhaitant l’encadrer et qui est devenu une destination prisée des touristes sexuels et des réseaux de prostitution.

Ce qui n’est pas contestable, et nul besoin d’une randomisation pour arriver à ce résultat, c’est que l’interdiction pure et simple ne suffit pas à abolir la prostitution, le cas de la Thaïlande ou des États-Unis parlent d’eux-mêmes. Qu’en outre, mieux vaut taper les clients que les prostituées car, pour celles qui exercent volontairement, ces situations fragilisent un peu plus leurs conditions de travail tandis que pour celles qui sont contraintes, leur existence ne s’en trouve pas améliorée. L’interdiction radicale emporterait sans doute moins le risque de produire des cohortes de violeurs que de ne rien résoudre à l’affaire, marginalisant juste un peu plus les individus conduits à satisfaire une demande bien trop tentante pour ne pas s’offrir aux activités criminelles.

Si on souhaite véritablement faire avancer le sujet et si on considère qu’un objectif raisonnable et intermédiaire consiste à pourchasser les réseaux de trafics tout en permettant à celles qui le souhaitent d’exercer leur métier demeure néanmoins l’option de réouvrir des bordels sous licence. Les bordels représentent une très nette avancée en termes de sécurité, de contrôle et de santé pour les professionnels et les clients. Ils n’ont certes pas la vertu d’interdire la prostitution, ils ont cependant un effet notable sur la prostitution involontaire, sous deux réserves cependant : qu’une action vigoureuse s’exerce à l’encontre des réseaux et des clients qui consommeraient en dehors de ces établissements et que le contrôle de ces établissements soit absolument strict et rigoureux. Dans le cas contraire, une telle réouverture déboucherait immanquablement sur la situation allemande, où l’absence de déclaration obligatoire des bordels a fourni un appel d’air considérable à la prostitution étrangère ou sur la situation de certains Etats américains autorisant la prostitution, où l’absence d’action policière n’a pas diminué la prostitution de rue.

Un récent papier de la New York University school of Law (Human trafficking and regulating prostitution) revient assez judicieusement sur ces différentes options, permettant à tout le moins de sortir du débat peu fécond de savoir si, dans la mesure où une personne formule le choix de faire commerce de son corps, il convient de l’interdire ou non.

Pour ceux qui considéreraient par principe immoral de se prostituer, France Culture a récemment réalisé un documentaire tout à fait éclairant sur les limites de la législation actuelle relative au racolage passif. L’époque est étrangement au retour d’une certaine moralité pudibonde en matière sexuelle, si elle ne doit pas empêcher de protéger celles et ceux qui sont en situation de fragilité, pas sûr qu’il faille pour autant s’agiter, même s’il est toujours utile de faire parler de soi.

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