MOOC : massive open online class

Voilà quelques semaines que je tourne autour du sujet. Les MOOC, ce que cela recouvre et ce qu’on peut en attendre.

Il y a quelques années déjà apparaissait un nouveau format audio, le MP3 et peu après des petits malins qui commencèrent à échanger de la musique au nez de l’industrie musicale. Un procès s’ensuivit, Napster perdit sa chemise mais fit plein de petits : lastfm, deezer et bien sûr itunes, où comment une innovation technologique peut en l’espace de quelques années bouleverser une industrie. C’est sans doute ce qui est en train de se produire dans le secteur de l’éducation supérieure.

Une Mooc (massive open online class) prend la forme d’une série de vidéos associées à des supports, lectures et autres présentations, libres d’accès. Mais comme l’indique son nom, ce cours est massif, parce qu’il permet de servir une demande quasi infinie.

L’année dernière, plus de 160 000 personnes se sont inscrites au cours d’introduction à l’intelligence artificielle de Stanford proposé par Peter Norvig et Sebastien Thrun. 23 000 sont allés au bout. Thrun a alors décidé de quitter l’université et de fonder Udacity.

Depuis quelques mois, les initiatives se multiplient souvent prises par les universités (Edx, qui regroupe les fleurons des universités américaines), des entreprises privées, des fondations pour investir le champ de l’éducation supérieure en ligne. Les médias en parlent abondamment (LeMonde y consacre même quelques articles régulièrement) et pas une semaine ne passe sans portrait du champion toute catégorie de l’éducation en ligne, Salman Khan, présenté comme celui qui « va révolutionner l’éducation ». Quelques faits récents pour s’en convaincre.

Au printemps 2012, Benchmark, l’un des principaux investisseurs de la Silicon Valley (il a notamment été parmi les premiers investisseurs de Ebay) a mis 25 millions sur le projet Minerva, dont l’objectif n’est rien moins que de « devenir la seule université d’élite créée au cours de ce siècle ». Minerva a été fondé par Ben Nelslon, un entrepreneur de San Francisco et compte déjà parmi les membres de son conseil d’administration Larry Summers, ancien président d’Harvard et ancien secrétaire du Trésor. Minerva se présente comme une université quoique très largement dématérialisée. L’ensemble des cours qui seront proposés (la première promotion devrait débuter sa scolarité en septembre 2014) seront pré-enregistrés sous la forme de e-cours donnés par des professeurs reconnus pour leur expertise, autrement dit des stars de l’université. En classe, il y aura tout de même des cours physiques, un jeune professeur ou un doctorant sera présent pour animé le cours et répondre aux éventuelles questions des étudiants.

A la rentrée 2012, c’est au tour de Tyler Cowen et de Alex Tabarok, deux professeurs d’économie et par ailleurs blogueurs influents, de lancer MRU (marginal revolution university) avec l’objectif d’offrir un ensemble de cours gratuitement sur internet avec une pédagogie adaptée au web.

Passé un premier temps d’exaltation collective viennent les critiques et les sceptiques, classique. Première critique, fondée, que vaut pour de vrai un enseignement qui se dispenserait de présence physique? Dans une tribune du New York Times, Mark Edmunson évoque « l’interaction entre un enseignant et un étudiant » comme la marque authentique de l’éducation. Deuxième critique, quelle validation des acquis au travers les MOOCs? Suivre un enseignement en ligne, sans contrôle des connaissances, garantit-il une acquisition réelle des compétences attendues?

Sur le premier point, si l’interaction est bien au coeur de la pédagogie, qu’en est-il dans des amphithéâtres bondés où se pressent plusieurs centaines d’étudiants passablement intéressés. C’est pourtant cette situation qui traduit l’inévitable massification de l’éducation supérieure. Sur le second point, quelques projets, à l’instar d’Alison, permettent déjà d’obtenir des certifications liées aux enseignements suivis par internet, sans que cela ne pose ne moindre problème.

Les vrais questions se situent sans doute ailleurs et ce sont celles qui vont bouleverser l’éducation supérieure. Les états développés, sans évoquer les pays émergents, ne parviennent plus à éduquer leur population de manière satisfaisante. C’est absolument patent aux Etats-Unis où la situation des universités américaines est critique : les frais de scolarité ne cesse d’augmenter et la demande d’éducation de s’accroître. La raison est simple : l’éducation supérieure souffre, comme d’autres secteurs d’activités (la santé par exemple) de ce qu’on appelle une « cost disease » (ou Baumol disease). Présenté simplement, elle traduit le fait qu’il faut autant de temps pour donner un cours sur l’urbanisme de projet en 1975 qu’en 2012 et que les gains de productivité sont difficiles à trouver. La conséquence est évidente, le coût de l’éducation, par rapport aux autres secteurs d’activité ne cessent de croître.

Pour contourner ce principe économique, il n’y a guère d’autres solutions que de payer moins les enseignants ou de trouver d’autres économies d’échelles, qui entraînent nécessairement de profondes modifications de la manière dont on enseigne. Mais dans une économie dite de la connaissance, n’est-il pas crucial de placer en face des étudiants les meilleurs enseignants? Une cours d’introduction à l’économie se ressemble dans son contenu grosso modulo que l’on se trouve dans une université X ou à Columbia, il est cependant fort à parier que « l’expérience pédagogique » est plus heureuse ici que là…

Le milieu universitaire est encore largement rétif à ces évolutions. On comprend d’ailleurs pourquoi, certaines universités fermeront des départements, certains professeurs seront mis sur la touche, un peu comme ce qui se passe aujourd’hui dans l’organisation des soins et des hôpitaux, mais qui peut aujourd’hui contester le fait que l’éducation supérieure telle qu’elle a été conçue pendant 50 ans n’est pas clairement révolu.

Ce qui vaut pour l’éducation supérieure trouve son application dans d’autres secteurs d’activités : la formation professionnelle des demandeurs d’emploi dont la qualité, variable au possible, ne correspond plus aux attentes du marché du travail. Plutôt que de payer, souvent fort chers, des formateurs de piètre niveau, pourquoi ne pas mettre en place, de façon massive des formations en ligne sur les métiers en tension, quitte à organiser parallèlement des formes de tutorat réalisé par de jeunes professionnels ; l’éducation dans les pays émergents : le succès rencontré par l’Academy Khan, offrant des milliers d’heures d’enseignement sous la forme de vidéos Youtube, constitue sans doute un des plus importants progrès accomplis en faveur du développement de ces pays (indice qui trompe rarement, Khan est largement sponsorisé par la fondation Bill Gates).

Le phénomène des Moocs a déjà un formidable avantage, poser à plat les principaux défis de l’enseignement supérieur : qui éduque-t-on ? sous quelle forme et à quel prix? Cela appelle un audacieux effort pour sortir d’une représentation plate de l’université et met en péril des modèles économiques qui tiennent à la culture de marque des écoles, grandes ou petites. L’expérience universitaire ne sera vraisemblablement plus jamais la même.

3 réponses à “MOOC : massive open online class

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