Humeur et régime des intermittents

La France est un pays d’innovation sociale et bien plus qu’on ne le croit. Le régime des intermittents du spectacle, dont le principe actuel, malgré de nombreux aménagements, remontent à 1969 ! (même si historiquement, il faut remonter à 1936 pour voir la mise en place d’un premier régime de prise en charge des périodes de chômage des professionnels du cinéma) est à ma connaissance une quasi-exception dans le monde.

Mercredi, vers 16h, je me suis retrouvé tout en haut de la rue du faubourg saint denis qui en l’espace de quelques années s’est considérablement gentrifiée (du moins dans son offre de commerce et surtout de restauration). Bref, m’installant moi-même en terrasse, je me trouvais entouré de jeunes individus plein de style et de décontraction, sirotant des verres ou remplissant les mots croisés d’un journal. Rapidement, j’apprenais que ce petit monde, à ma gauche comme à ma droite, travaillaient dans le milieu du spectacle (musiciens, acteurs et techniciens du spectacle à ce que ma curiosité m’a permis d’entendre). Descendant par la suite cette même rue, je constatais que les conversations que tenaient d’autres individus, repérables entre mille autres pour leur barbe naissante, un jean discrètement retroussé sur des chaussures en cuir porté sans chaussettes, des ray ban et un tatouage dépassant de la manche du tee-shirt, parlaient tous et exclusivement de « tournages », « prochains concerts » et autres castings. Bref que cette rue, comme d’autres sans doute, était l’air de rien une vraie cafétaria pour intermittents. Rien de mal à cela, sauf peut-être la fâcheuse impression qu’il existe un écart entre un bénéficiaire du rsa parisien (certains d’entre eux l’étaient sans doute) et la condition d’intermittents du spectacle, nonobstant du fait que la présence de ces personnes rue faubourg saint denis conférait à ce segment de rue un caractère des plus bohèmes et sympathiques.

Le principe de l’intermittence, qui permet à certaines catégories professionnelles travaillant dans les secteurs artistiques et audiovisuelles de bénéficier d’allocations chômage sous réserve d’avoir travaillé l’année précédente une quotité donnée d’heures (507 aujourd’hui) peut être contesté dans son fondement, il n’en demeure pas moins un important acquis contribuant sans aucun doute à faire du choix de vie d’artiste une condition moins précaire qu’elle ne l’est ailleurs.

Néanmoins, à regarder objectivement ce qu’un tel dispositif est devenu, trois faits doivent être admis:

– ce régime, à l’équilibre historiquement précaire, est devenu un poids sans commune mesure dans l’équilibre financier de l’Unedic. Le rapport 2013 de la cour des comptes s’est à nouveau ému de la dérive continue du régime (100 000 bénéficiaires pour 1Mds de déficit). La question n’est pas ici de savoir si de tels déficits sont acceptables ou non, il s’agit simplement de constater que le système est insoutenable financièrement et la réponse est clairement non.

– ce régime, prévu pour s’adapter à des formes d’emplois et de contrats atypiques, s’est grosso modulo transformé en subvention publique au secteur culturel (pris dans son sens large). On est donc passé d’une logique assurantielle à une logique ni plus ni moins d’aide publique. Nul jugement encore une fois mais il faut admettre que l’automaticité de ces aides, par le biais d’indemnisations créant des effets d’aubaine – baisse des coûts du travail compensés par la garantie de pouvoir accéder aux allocations, laisse circonspect dans une période de restriction drastique des dépenses publiques.

– enfin, ce régime permet à une catégorie de « créatifs » d’être dans une situation clairement moins précaires que leurs camarades auteurs ou artistes/plasticiens (même si le régime de la maison des artistes est aussi sources de dérives et abus divers).

Il ne s’agit pas de savoir si cela est juste ou non et il existe de très nombreux arguments en faveur de l’organisation d’un régime spécifique de chômage pour ce type de profession (même si le rythme de vie de ma voisine, intermittente et amatrice de films de genre regardés après la fermeture des bars – c’est à dire vers 2/3 heures du matin est occasionnellement source d’irritation).

La seule question qui vaut est celle de savoir si la France a encore les moyens d’un tel régime et si le fait qu’une profession dispose d’un acquis constitue une raison suffisante pour ne pas devoir le réformer.

Et tant pis si certains musiciens changent de métier, certains films ne sont pas réalisés et certaines pièces ne sont pas montées, les inrockuptibles, Télérama et autres publications du genre seront moins épaisses.

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